BULLETIN

L'INSTITUT ARCHÉOLOGIQUE LIÉGEOIS

BULLETIN

DE

L'INSTITUT ABCHÉOLOGIQOE

LIEGEOIS

TOME XXXIX

1909

Imprimerie Liégeoise, Henri Poncei-et, Soc. An"^* Rue des Clarisses, 52, Liège

RAPPORT

SUR LES TRAVAUX DE L'INSTITUT ARCIIÉOLOGIQI'E LIÉGEOIS PENDANT L'xVNXÉE i<jo8.

Messieurs,

En vous présentant aujouid'liui mon Rapport annnel sur la situation moi-ale et matérielle de l'Institut, je ne puis me soustraire à l'idée que c'est, sans doute, pour la dernière fois que je serai, dans des circonstances ana- lc~.gues, appelé à prendre la parole devant vous dans ce local.

Nous sommes, eu effet, Messieurs, à la veille de quitter à jamais les combles du vieux Palais de nos princes- évèques, depuis bientôt 34 ans notre Société a tenu, sans intenuption, ses réunions.

Ce n'est pas, sans émotion, croj^ez-le, que je vois l'Institut abandonner ces locaux qui furent témoins de plus d'une vicissitude sans doute, mais il connut aussi maints jours heureux.

N'est ce pas « au Palais » que les fondateurs de notre Société cherchèrent assez naturellement à réunir les antiquités et œuvres d'art qui affluèrent bientôt au sein de la Société naissante ?

En dépit de circonstances parfois pénibles et d'alterna- tives diverses, n'est-ce pas dans ces mêmes locaux que l'Institut a prospéré et a successivement rassemblé ces riches collections qu'on lui envie aujourd'hui ?

Mais, comme l'a justement fait remarquer l'un de mes

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prédécesseurs, l'intérêt scientifique ordonnait de clierclier des locaux plus vastes, mieux appropriés à l'extension sans cesse croissante de noti-e Musée ; grâce à la géné- reuse intervention de la ville de Liège, notre rêve à tous se réalisera bientôt : c'est à la Maison Curtius que nous irons élire domicile !

Rien n'a été négligé, en effet, pour que les derniers travaux de réfection et d'appropi-iation intérieure de l'ancien « Mont de Piété » soient menés avec célérité ; tandis que, dans le bâtiment même, on reconsolidait murs et fenêtres, on y installait en même temps une chaufferie. Dans la cour, les vilains bâtiments modernes ont fait place à une nouvelle galerie à arcades qui est venue remplacer celle que des mains profanes avaient défigurée. Vers le quai de Maestriclit enfin, la logette surmontant la grande porte d'entrée a été complètement réfectionnée.

L'année 1908 aura, somme toute, marqué la restaura- tion définitive de la Maison Curtius, car les derniers travaux en cours affectent plus spécialement la menui- serie intérieure et l'appropriation finale des diverses salles.

Je crois être votre interprète, Messieurs, en adressant de vifs remerciements à la Commission administrative chargée de ces importants travaux et, en particulier, à son inlassable secrétaire, M. De Puydt, ainsi qu'à notre autre collègue, M. l'architeete Lousbeig ; tous deux, au cours de ces dernières années, se sont largement dévoués pour mener à bonne fin la mission qui leur a été confiée.

J'exprimerai d'autre part notre vive gratitude à la Ville de Liège ; depuis plusieurs années elle a alloué des crédits importants à la restauration delà Maison Curtius, dont elle aura le mérite d'avoir fait un des plus beaux et des i)lus intéressants locaux de ^lusée (pi'on puisse trouver. Elle a tenu, tout récemment encore, à nous subsidier non moins généreusement afin de nous per-

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mettie de nous procurer des vitrines dig-ues de recevoir nos collections archéologiques !

*

Séances. Pendant l'année qui vient de s'écouler, l'Institut a tenu ses dix séances ordinaires statutaires; au cours de neuf d'entre elles, nous avons eu une confé- rence :

Le 2G janvier de M. Max Loliest sur a Liège antéliisto- rique->^; le 29 mars de M. J. Brassinne sur « Le tombeau du Cardinal Gérard de Groesbeeck , prince-évêque de Liège )),- le 24 avril de M. G. Gliilain, intitulée : « Cause- rie sur les éolithes « ; le 29 mai de M. F. Magiiette : « Hommes et choses de la Révolution liégeoise. Un peu d'inédit » ; le 26 juin de M. Jos. Demarteau sur « Une architecte liégeoise au XVII« siècle » ; le 3i juillet de M. J.-E. Demarteau : « Explication du sujet représenté sur le uase de Jupille «; le 27 octobre de M. Th. Gobert sur a La Houille; première utilisation ; première exploi- tation industrielle:!^; le 29 novembre de M. G. Ruhl : « Parallèle entre Liège en- lyoo et Liège de nos jours » ; enfin le 27 décembre, M. Eug. Polain nous a dit « Quelques mots à propos de la fête de Noël ».

Celte simple énumération suffit pour mettre en i-elief le vif intérêt que présentaient ces causeries que vous êtes venus applaudir en grand nombre.

Conférences publiques. L'Institut a inauguré, l'an dernier, une série de causeries publiques sur l'archéologie et l'histoire liégeoises ; je me bornerai à vous rappeler le succès inespéré qu'ont obtenu ces conférences : dès le début, ces causeries attirèrent chaque fois dans notre grande salle dite du moyen âge près de deux cents audi- teurs tant de la ville que de la province.

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Cette innovation, heureuse à plus d'un titre, n'a pas manqué de mettre puissamment en relief toute l'activité scientifique de notre Société et d'étendre sa sphère d'influence.

Soyons reconnaissants à notre vaillante Commission des conférences et à son dévoué président, M. FI. Pholien, de l'œuvre si utile qu'ils ont accomplie.

* *

Congrès. L'Institut a participé l'an dernier au Congrès que la Société française d'archéoh)gie a orga- nisé à Caen (Calvados) ; notre sympathique collègue M. de Buggenoms a bien voulu y représenter notre Société ; nous avons, d'autre part, délégué notre secré- taire-adjoint, M. F. Vercheval, au Congiès de Chambéry, organisé par la Société préhistorique de France.

Je rappellerai ici aussi ces fêtes comméinoratiues du neuvième centenaire de la mort de Xolger qui furent célébrées en notre ville le 12 juillet dernier.

Unies dans une môme pensée de reconnaissance et d'ad- miration pour ce grand homme, à qui Liège doit somme toute d'avoir laissé une trace glorieuse dans l'histoire, nos deux Sociétés archéologiques locales, l'Institut et la Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège, songèrent à perpétuer pai' une cérémonie publique cet anniversaire.

A l'issue d'une grand'messe suivie du Te Deum, qui fut chantée à la cathédi-ale Saint -Paul, M. le professeur Godefroid Kurth, eu la salle académique de l'Université, retraça la magnifique carrière de Notger devant une assistance de choix.

Sans doute, on eut désiré que la po[)ulation liégeoise tout entière eût été mise à même de témoigner à Notger sa gratitude ; il n'a pas dépendu du Comité organisateur que la fête n'eut ce caractère. Mais telle qu'elle s'est déroulée, d'abord sous les voûtes de l'antique Cathé- drale, puis dans l'enceinte de la salle académique décorée

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des bannières de nos anciens métiers, devant l'élite intel- lectuelle do la ville, elle n'en a pas moins constitué une manifestation émotionnante de patriotisme et de recon- naissance

* * *

Piibllcalions. Malgré les charges financières qui eu résultent, l'instittit a tenu à poursuivre sans relâche ses publications, parmi lesquelles je signalerai tout spécia- lement la Chronique archéologique qui est entrée aujour- d'hui dans sa quatrième année d'existence.

Le bienveillant accueil qu'on ne cesse de prodiguer à notre petit organe mensuel démontre combien sa création s'imposait ; non seulement, il nous permet de tenir nos membres régulièrement au courant des questions d'actua- lité ; il fournit encore à maint d'entre nous l'occasion de consacrer de petites notices à des sujets souvent jugés trop peu importants pour figurer utilement dans notre Bulletin. Grâce à notre Chronique enfin, nous avons pu réaliser un projet depuis longtemps à l'étude chez nous, la mise en lumière, sous forme d'inventaire, des monuments les plus intéressants de notre vieux pays de Liège.

Les douze notices d'inventaire qui ont paru en 1908 constituent autant de petites monographies dont on ne saurait contester la haute utilité.

Quant au tome XXXVIIT de notre Bulletin, dont le dernier fascicule paraîtra prochainement, il fait digne- ment suite aux volumes qui l'ont précédé.

Je me bornerai à donner ici la liste des mémoires ou notices parus ou imprimés à ce jour :

Baron J. de Chestrbt de Haneffe, La terre franche de Haneffe et ses dépendances (Donceel, Ster).

Gustave Ghilaix, .4 propos des éolithes.

Jos. Demarteau, L'Eglise des Bénédictines de Liège. Son architecte Dame Aldegonde Desnioulins, poète wallon

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et miniaturiste (16^0 - 1692) et son sculpteur Arnold du Honthoir.

Th. GoBERT, La famille des peintres Coclers. Rensei- gnements inédits.

Telle est déjà, avec les Rapports du Secrétaire et du Trésorier, la matière du i'"'" fascicule qui forme une forte livraison de XXXII et 207 pages avec une carte hors texte, 3 vignettes et 2 planches hors texte, l'une en photo- collographie, l'autre en hélioteinte.

Quant au second fascicule, dont l'impression s'achève en ce moment, il renferme notamment un intéressant travail de M. F. Magnette, intitulé : Documents inédits sur Vhistoire de Liige à la fin du AT'///' siècle (lygS-iSoij, une notice de M. Albin Body sur les couteaux de Spa, nn mémoire étendu de M. J. Pety de Thozée, sur Le Poète liégeois Henri de Iï'a/e/"(i66i-i734), d'intéressantes notes de M. le 1)'" Tihon sur des Documents concernant les La Marck et Vévêque Jean de Homes, etc

Selon toutes prévisions, cette livraison formera à sou tour un ensemble d'environ 200 pages avec vignettes, planches hors texte, etc.

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Excursions. En matière d'excursions, je regrette de devoir constater que, par suite de circonstances majeures, il n'a pu être organisé l'an dernier qu'une seule excursion, alors que le programme primitivement élaboré en pré- voyait au moins quatre.

La visite faite le 20 août dernier au château de Fontaine, ne manquait certes ])as d'intérêt, mais elle aurait gagné en attrait si elle avait pu être fixée à une époque plus favorable de l'année

Je veux croire que noti-e Commission des excursions, qui s'était montrée si active en 1907, aui-a à cœur de nous donner une ample compensation en 1909 !

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Fouilles. Le Rapport détaillé qui nous a été présenté et qui paraîtra dans le second fascicule du tome XXXVIII du Bnllelin nous a déjà donné le bilan de nos fouilles et de nos recherches del'an dernier. Au pointde vue matériel, les résultats obtenus sont presque nuls ; à part une remar- quable buire en bronze de l'époque belgo-romaine avec anse historiée, nous n'avons pu faire entrer dans nos collections aucun objet de vitrine

Au point de vue scientifique, par contre, nos fouilles ne sont pas restées infructueuses ; c'est ainsi, notamment, qu'elles sont venues confirmer définitivement la vacuité des tumuli belgo-romaius du Condroz

Au nom de tous, je remercierai notre tout dévoué collègue, M. Firmin Hénaux, qui, avec ce zèle et cette constance dont il nous a déjà donné tant de preuves, a bien voulu continuer à se charger de l'organisation et de la direction de nos fouilles.

Puissent cette année ses efforts être couronnés d'un plein succès et lui valoir l'honneur d'une nouvelle décou- verte aussi importante que celle qu'il fit il y a deux ans, à Korsu !

Musée. Malgré le résultat négatif de nos fouilles, nos collections ont néanmoins pu s'accroître dans de notables X^roportions.

De nombreux dons et dépôts sont venus successivement enrichir notre Musée, comme en témoigne surabondam- ment le relevé ci-joint dressé par notre toujours vaillant conservateur, M. le D"" J. Alexandre.

DOXS

Epoque préhistorique et protohiatoriqiie.

Hache incomplète en pierre noire, fortement ébréchée, trouvée à Freeren ; partie dune hache eu pierre noirâtre, découverte à Paifve ;

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débris d'un outil en grès de même provenance ; tranchant d'une hache i)olie eu grès, découvert à ^^'ihogne.

Don de M. Léoi)old Debrassinne.

Série de silex néolithiques trouvés sur le territoire de la commune de Jeneffe en Hesbaye : nucléus, lames, grattoirs et éclats de dégagements (industrie dite des fonds de cabanes).

Don de M. Auguste Rose, jn-opriétaire à Jeneffe.

Fragments de clayonnage en terre brûlée rouge ou noire) avec emjjreintes de branchages disparus, tessons de poteries grossières, dont un avec bord orné, etc.

Ces pièces ])rouvent l'existence sur le territoire de Latinne, d'une

habitation protohistorique, peut-être de l'âge da bronze comme

celle de Lens-Saint-Servais.

Dépôt de M Davin-Rigot.

lo silex paléolithiques du type chelléeu et acheuléen provenant de la Charente inférieure (environs de Saintes).

Don de M. J. Ilamal-Xandrin.

Série d'objets néolithiques en silex provenant de fouilles i)rati- quées à Zonhoven (Campine limbourgeoiseï

Don de MM. .T. Servais et J. liamal Nandrin.

E]io(jues belgo-romalnc et frniKjiie.

3 petits bronzes romains (Crispus et Licinius) trouvés à Liège, vers i865, dans les terrains des Frères Célites, rue Volière, à Liège.

Don de M. le Dr Alexandre.

3 i)oteries en terre rouge vernissée trouvées à Verviers, en creu- sant les fondations du Grand Bazar.

Don de M. N. Capelle.

Ornement en bronze (romain?) trouvé à Latinne.

Don de M. Davin-Rigot.

Fragment de fibule en bronze provenant des Avilis. .

Don de M. Firmin Hénaux.

4 monnaies romaines trouvées dans le Condroz.

Don de ^L Firmin îlénaux. Disque on verre coulé et pieu en fer provenant du « camp

romain » d'Eelen.

Don de :\L M. De Puydt.

Grande buire en bronze avec anse liistoriéc représentant Apollon debout, entouré de divers attributs.

Fnvoi de la Commission des fouilles.

IX

Série d'antiquités frauqiies (ornements en bronze, perles en pâte vitreuse, etc.), provenant dos environs de Ton{;res.

Don de la famille de feu M. le i*^'" président II Scliuermans.

Série d'objets provenant du cimetière franc découvert à Hollogne-

aux-Pierres : boucle de ceinturon en bronze gravé et argenté ; pince

épilatoire; poteries et tessons de poteries; haclie eu fer, scrama-

saxe, etc.

Dépôt de MM. A. Liégeois et L. Lambinon.

Moyen âge et temps modernes.

Moule en terre cuite trouvé en creusant des fondations place

Saint-Paul.

Don de M. l'architecte Thuillier.

Remarquables volets avec ferrures, époque de la Renaissance, provenant de l'ancienne propriété Rutli, rue Surlet, à Liège.

Don de M. Paul Combien.

Instrument en os, destiné à écorcer les chênes.

Don de M. L. Docciuière de Rausa. Matrice en fer (?) avec empreinte représentant Marie-Thérèse.

Don de M. .T. Pirlet.

Divers.

Photographie représentant le coin de la rue Maillard, à Liège,

avant la construction du Grand Bazar.

Don de M. N. Capelle.

Photographies prises aux cours des travaux de démolition d'une

vieille maison située au coin de la rue Capitaine et du quai des

Pécheurs.

Brique d'âtre provenant de cette maison.

Don de M. F. Sacré.

Photographie dun meuble Louis XV ayant appartenu autrefois à

la famille Joris d'Ayeneux, aujourd'hui propriété de M. Emile

Ghilain, à Spa.

Don de M. Gustave Ghilain.

ACHATS.

Trois taques de foyer (xvie siècle).

Pistolet liégeois ^xviiie siècle).

Florin d'or de Jean de Bavière (i38()-i4i8).

Au nom de l'Institut, j'adresse à tons ces donateurs ou déposants l'expression de sa sincère et vive gratitude.

Bibliothèque. De son côlé, notre bibliothèque s'est accrue, dans le courant de l'exercice écoulé, de nom- breuses publications scientifiques ; en voici la longue liste dressée par notre zélé bibliothécaire, M. Em Fairon.

Dons d'auteur.

FraiponI', J. Les sciences anthropologiques (Extrait du Mouve- ment scientifique en Belgique., iSSo-iqoj).— i br. iii-4°, 1908.

Dii PuYDT, M. I. Huche acheuléenne cl'Argenteau. II. Huche- marteau de Genck. III. Pièces ornementules ou syn}lwliques. IV. .4 propos d'unprétenclu bâton de commandement

Emplacements d'habitations préhistoriques en Hesbaye (Extrait du Bulletin de la Société d'anthropologie de Bruxelles). 2 br. in-8', 1908.

POXCELET, Ed. Le drapeau des Volontaires du Hainaut en i~go. (Extrait du Bulletin de la Société des Bibliophiles belges). i br. iii-S», 1908.

I)K M0RE.\u, E. et GOETSTOUWERS, J.-B. -Le polyptique de l'abbaye (le F«7/er5 (Extrait des Analectes). i br. iu-S", Louvain, 1908.

HaUST, g. Etymologies wallonnes (Extrait des Mélanges Gode- froid Kurlh). I br. in-8".

HaN'US, g. Histoire populaire des libertés liégeoises depuis le IX' siècle jusqu'à la paix de Fexhe. Verviers, Degey, 1908.

1 vol. in-8c,

Fairox, Em. L'abolition des guerres privées au pays de Liège (Extrait des Mélanges Godcfroid Kurlh). i br. in-8", Liéj;e, Vail- iant-Carnianne, 1908.

MaGXETTE, F. L^es émigrés français aux Pny.^ Bas ( !-8ijl-<)^) . Bruxelles, Lamertin, 1907. i vol. in-S".

MagnETTE, F. Un Jeune artiste liégeois à Rome en 1-S--1-SS. (Extrait de Wallonia, année 1907, n°^ 11-12K

Dons divers.

Herten, I). Couliunes de la Seigneurie de Saint-Banon lez-Gand. I vol. in-4\ Bruxelles, 1907.

GU-r,IODlS Vax Severen. Coutumes d'Yjjres. Tomes I et II

2 vol. in-4". Bruxelles, 1908.

, XI

Procès-uerhinix des séances de la Commission royale pour la inibli- cation des anciennes lois et ordonnances de la Belgique. Tome VIII, fasc. I, 2, 3 et 4-

Liste c/ironolo<>iijnc <lcs édits et ordonnances des Pays Bas. Règne d'Albert et Isabelle (l'i^S i()2i). i br. iii S', Bruxelles, 1908.

Exposé de la silnation adininistrativi; de la province de Liège, i()o8.

Publications extraordinaires des Sociétés.

NIVELLES. Manifestation du dintanclie -jf) septembre iQO~ en l'honneur dn docteur F. Le Bon et de l'abbé M. Renard. i br. in-8", 1908.

LIÈGE. Wallonia. ~ Table des uolnmes XI à XV.

LIÈGE. Société de littérature loallonne. Fêtes du cinquantenaire Compte-rendu. i br. iii-8", Liège, 1908

AMIENS. Maugis, Ed.— Documents inédits concernant la ville et le siège du bailliage d'Amiens extraits des registres du parlement de Paris et du Trésor des chartes (Tome XVII des mémoires in 4")-

TOULOUSE. Vkrgnes, Alex. La condition internationale de la Papauté. Tiièse de doctorat. Toulouse. Privât, lyoB. - i vol. iii-8>'.

Verxhics, .Tulieu. Le nantissement des fonds de Commerce. Thèse pour le doctorat Toulouse, imprimerie ouvrière, 190G. i vol. iii-S".

Vernier DE Byans, g. Condition juridique et politique des indi- gènes dans les j)ossessions coloniales . Paris, Leclerc. 1905. i vol.- lu 80.

Vai-, Fr. De l'emploi de l'action possessoire à l'occasion des dépen- dances du domaine public. 'YXièsQ pour le doctorat. Toulouse, 1907. I vol. iu-8".

TlMBAIi LagrAVE, m. De la donation des biens à venir ou de Vinsti- tution contractuelle. Thèse pour le doctorat. Toulouse, Rivière, 1907. I vol. iu-8'J.

DUSSELDORE. -Mosi.ER, Hans.— Die Einfiihrung der Rheinschif- fahrtsoktroi-Konvention am deutschen Xiederrhein, i8o3-i8o7 Dûssel- dorf, 1908. I br. in-8'\

METZ. Académie de Met;. Table générale des mémoires de i8ig à igo3, rédif^ée par E. Fi.eur, Metz, 1908. i vol. iu-80.

CA?*IBRÏDGE. - Stokks, II. P. - Outside the Trumpington gales before Peterhouse was founded. Publication 44i 1908. i br. 111-8».

Gray, Art.— The dual origin of the town Cambridge. Publication in-4°, n" I, 1908. I br. 111-4°.

XII

Catalogue of Ihe first exhibilion of portraits in tlie Cambridge antiqnarian Society. Collection to iS^o, 1908. i br. iu-8;>.

BUDAPEST. JozsEF, H. Ujabb Tanulmunyok a honfoglabusi kor. emilékeirul. Budapest, njo".

GRATZ. Festschrift anliïssig des 60'" Regierungsjubilûnms v. K. S. M. Gratz, 1908. i br. iii-8'\

LEEUWARDEN. Reimers. Ileiurich. Friesische Paj)slnrknnden ans dem Vatikanischen Avchio zn Rom. Leeuwardeii, 1908. 1 vol. in-4°-

LUXEMBOURG. - Blum, Martin. Bibliographie luxembour- geoise, fasc. 5 et G.

STOCKHOLM. Ekhoff, Eiail Furnvannen. Meddelamleii fr. Kongl. Vitterhets historié och Antiquitels, 1907. i vol. lu 4"-

CHICAGO. The academy of sciences. Ils past history and présent collections. i br. in-S". (Spécial publication, 11° i>).

WASHINGTON. Stefanssox, G.— Iceland. Its history and inha- bitants. (Smithsonian publication, 11" i~oii). 1 vol. iii-80.

GUENOT, L. Heredity. iSm. public. 11° 17G0'). i vol. iii-8".

Obermaier, h. Quaterny human remains in Central Europe. (Sm. pul^lic, n" 17O3). i vol. iii-8».

Pj-of. Zaborowski. The origln of the Slavs (Sm. public I7()4).

I vol. iii-80.

Frederici, Georg. Scalping in America {Sm. public, 110 1765). I vol. in 8».

Abonnements.

Revue de l'Art chrétien, 5' série, t. 1\', liv. i à 6. L'ancien pays de Looz, ii"" année, n"^ 1 à 12.

Échanges.

?; 1. BEF.GIQUE.

Anvers A.NVERS. Académie d'archéologie de Belgique. Bulletin, 1908.

Brabant. Bku.\eij.es. Académie royale des sciences de Bel- gique. — Annuaij'o. 1908. Bulletin de la classe des lettres et des sciences morales cl politiques et de la classe des beau.\-arts, 1908,

n"s I à 12.

XIII

BruXEIXES. Compte-rendu des séances de la Commission royale d'histoire. Bulletin, 4 ; t. LXXVII (1908), fasc. i à G.

Id. Biographie nationale.

Id. Bulletin de In Société d anthropologie, t. XXV.

II). Bulletin des Commissions royales d'art et d'archéologie, 46e année.

Id. Annales de la Société d'archéologie, t. XXII.

Id. Annuaire de la Société d'archéologie, 1907.

Id. Revue belge de numismatique, 04" année (1908), n»* i à 4-

Id. Bulletin de la Société royale belge de géographie, t. XXXII.

Id. Analecta Bollandiana, t. XXVII (T908), n°* i à 4-

LOUVAIX. Annuaire de l'Université catholique (1908).

Id. Analectes pour servir à iJiistoire ecclésiastique de la Belgique, t. XXXIV.

XlVEI.liES. Annales de la Société archéologique de l'arrondisse- ment de Nivelles, t. IX, ire livr.

Flandre orientale. Gand. Société d'histoire et d'archéologie de Gand. ' Annales, t. VIII, fasc. 3. Bulletin, iG"^ année, n'^ ^o et 44 Inventaire archéologique de Gand.

Saixt-XicolaS. Annales du Cercle archéologique du Pays de Waes, t. XXVI.

Hainaut. Moxs. Annales du Cercle archéologique.

Id Mémoires et publications de la Société des sciences, des arts et des lettres du Hainaut, 6" série, t. IX.

CharlEROI. Société paléontologique et archéologique Docu- ments et rapports, t. XXIX.

Exghiex. Annales du Cercle archéologique, t. VI, 4^ fasc.

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Liège. Liège. Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège. Bulletin, t. XVI et XVII. Leodium, 7" année, no^ i à 12.

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HUY. Cercle hutois des sciences et beau.\-art.^, t. XV, livr. 4 t. XVI, livr. I.

XIV

Verviers. Société verviétoise d'archéologie et d'histoire Bulletin, t- X. Chronirjue de la Société, année T908.

Limbourg. Hasselt. Société chorale et littéraire des Mélo- philes. Bulletin de lu section scientifique et littéraire.

Toxgres. Bulletin de la Société scientifique et littéraire du Lim- bourg. t. XXV.

Luxembourg. Ari,OX. Institut archéologique du Luxembourg-. Annales, t. XLII (11^07).

Namur. XamUR. Annales de la Société archéologique, t. XXVII, fasc. 1 et 2.

MaredsoUS. Revue bénédictine de Maredsous, t. XXV, fasc. i à 4-

§ 2. FRAXCf:.

Abbevim-e. Société d'Emulation. Bulletin, année 1908. Mé- moires in-8°, t. XXII.

AlX. I. Annales de la faculté de droit, t. II, ii^^ i et 2.

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Amiens. Société des Antiquaires de Picardie. Bulletin, année 1907. Mémoires in-4", t. XVII.

Arras. Commission départementale des monuments Jiistoriques du Pas-de-Calais. Bulletin, t. IV.— Mémoires, 2^ série, t. XXXVIII.

Auxerrk. Bulletin de la Société des sciences historiques et natu- relle de l'Yonne, u"s Go et Gi.

AvESXES. Mémoires de la Société archéologique de l'arrondisse- ment d'Avesnes.

BonuEAix.— Société archéologique, t. XXVI (table (les 2") premiers volumes), t. XXVIII.

Bourges. Société historique, littéraire, artistique et scientifique du Cher.

Chai.ox SUR-Saôxe. Mémoires de la Société d'archéologie de Chalon-sur-Saône, 2* série, t. II, fasc. 2. Mémoires in-4". t. VllI.

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XV

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L'année 1908 ne s'est pas écoulée d'autre part sans que l'Institut n'ait été appelé à s'occuper également de sauvei' de la destruction quelques souvenirs intéressant notre vieille cité ou l'arcliéologie du pays de Liège.

C'est ainsi, notamment, que nous n'avons pas manqué de joindre nos vigoureuses protestations à celles de tous ceux qui se sont à juste titre émus de ce projet malencon- treux qui prévoit la démolition de la partie droite de notre vieille place du Marché.

Le cri d'alarme qui a retenti ne doit pas rester sans écho et l'Institut saura faire son devoir jusqu'au bout pour éviter qu'on vienne mutiler sans rémission notre pittoresque place du Marché avec ses façades typiques et son gracieux dôme de Saint- André. Notre Cité n'a déjà été que trop dévastée au cours des âges ; après la JNIaison Porquiu, n'est-ce pas la belle maison de la rue de la Wache que nos démarches n'ont pas davantage pu préserver de la démolition ?

Il nous appartient, plus que jamais, Messieurs, de veiller à ce que l'on conserve désormais les rares vestiges d'un glorieux passé, que nous possédions encore.

Comme vous l'apprendrez tantôt par le Rapport détaillé de notre dévoué trésorier M. FI. Pholien, l'état de nos finances reste aussi précaire que les années précédentes.

XX

Il faut cependant reconnaître que les pouvoirs publics ne nous ont pas ménagé leur appui : c'est ainsi que la Ville de Liège a, depuis l'an dernier, triplé son subside annuel, en le portant de 5oo à i5oo francs ; de son côté, la Province, reconnaissant l'utilité de noire œuvre scienti- fique, a décidé de majorer de moitié son allocation annuelle.

Malgré ces accroissements de recettes dus, d'une part à la générosité de la Ville et de la Province, d'autre part à l'augmentation du nombre de nos membres, notre bilnn provisoire au 3i décembre dernier accuse encore un excé- dent de dépenses d'environ 5oo francs.

Si l'on ajoute enfin à ce mali le déficit réuni des 4 dernières années, nous arrivons à un déficit total de près de 6000 francs.

Il y a là, Messieurs, un trou béant qu'il est indisi)en- sable pour nous de chercher à combler dans le plus bref délai possible.

Mais il me tarde de remercier en votre nom les pouvoirs publics : la Ville de Liège, la Province et Monsieur le Ministre des Sciences et des Arts d'avoir bien voulu nous continuer leur appui financier.

Ne pourrons-nous pas espérer que le Gouvernement nous accordera, à son tour, la majoration de subside de 200 francs que nous sommes en droit, d'escompter de lui, si nous comparons la somme qu'il nous alloue à celle dont jouissent certaines autres sociétés scientifiques du ])a3's ?

Si, d'ici là, nous devons veiller nous-mêmes à assurer jîlus d'équilibre à nos budgets, ne pouvons-nous pas faire appel à la générosité de ttnis ceux qui s'intéressent à l'histoire ou à l'archéologie de notre ancien pays de Liège ?

C'est, en d'autres termes, à accroître sans cesse le nombre de nos membres que doivent tendre nos efforts.

Certes, en ces dernières années, nous avons vu le nombre de nos sociétaires monter graduellement ; de

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221 membres que comptait l'Institut au i*"" janvier 1908, nous sommes passés eu douze mois, au chiffre de 241 !

Xous avous, eu effet, admis au cours de l'exercice écoulé, 2 nouveaux membres effectifs, 2 membres corres- pondants et 3i membres associés. Par contre, nous avons vu sortir de nos rangs, soit par le fait de leur démission ou à la suite d'une radiation motivée par le non accomplissement de leurs obligations statutaires, 8 membres associés ; la mort, enfin, nous a ravi i membre correspondant et 3 membres associés.

Mais ce chiffre de 241 membres n'est pas encore suffi- sant et c'est à l'accroître que je vous convie tous de travailler avec ardeur.

Je manquerais à mon devoir, Messieurs, si, avant de terminer mon Rapport, je ne rendais hommage à la mémoire de ceux de nos collègues que la mort à emportés.

Le 28 avril 1908 est décédé en notre ville M. l'archi- tecte Emile Demauy, le plus ancien de nos membres associés.

Son entrée à l'Institut remontait au 4 février 1876 ; il y avait donc plus de 82 ans qu'il était des nôtres !

Le défunt était un collègue affable et bienveillant dont nous saurons tous garder le souvenir.

D'autre part, le 3 mai suivant, nous avons perdu M. C. Leroux, président honoraire de notre tribunal de i*"® instance.

Magistrat intègre et homme de relations agréables, il jouissait d'une retraite bien méritée, lorsque la mort est venue le ravir aux siens et à notre Société dont il faisait partie depuis le 25 janvier 1908.

Particulièrement douloureuse pour nous a été la dispa- rition de notre dévoué collègue Jean Charlier. Elu membre associé de notre Institut le 3o novembre i883, promu correspondant le 27 avril 1902, il ne cessa, pendant près d''un quart de siècle de s'intéresser aux travaux et à

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la prospérité de notre Société, dont il suivit régulièrement les réunions.

Collectionneur aussi consciencieux que compétent, il consacra presque toute son existence à rechercher et à rassembler des antiquités liégeoises, notamment des faïences et des verreries ; encore rêvait -il de les voir réunies un jour sous son nom au Musée Curtius !

La mort est venue impitoyablement frapper le 26 sep- tembre dernier ce collègue estimé avant qu'il ait pu voir réaliser ce projet qu'il caressait depuis longtemps et dont il fit ouvertement part à plusieurs d'entre nous.

Le souvenir de Jean Charlier restera vivace parmi nous.

Enfin, le 27 octobre dernier est décédé en notre ville M. Louis Hardy que nous avions élu membre associé le 3i juillet igoS. Bien que tenu éloigné de nos réunions, il s'intéressait à nos travaux et parmi les souvenirs de famille qu'il conservait pieusement, il en est qui viendront un jour, d'après ses volontés, enrichir nos collections.

Tels sont, Messieurs, les principaux faits qui, au cours de cette laborieuse année 1908, ont marqué la vie tant intellectuelle que matérielle de notre Société.

Puisque celle-ci est à la veille d'entrer, cette fois défini- tivement, dans une phase nouvelle de son existence, permettez-moi de vous convier tous à célébrer dignement le premier août prochain l'inauguration de notre nouveau Musée archéologique à la Maison Curtius !

Cette cérémonie ({ui, depuis longtemps, est destinée à commémorer le cinquantenaire déjà un peu lointain de l'Institut, devra réunir, dans un même élan de confrater- nité, non seulement tous nos membres, mais encore tous les vrais Liégeois qui ont gardé au fond de leur cœur le

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culte de ce qui se rattache à l'histoire et à l'archéologie de l'ancien pays de Liège.

Le Secrétaire, L. RENARD.

Liège, 28 février 1909.

Rapport du Trésorier sur l'exercice 1908.

Messieurs,

Hélas ! cette année encore, malgré l'accroissement de nos ressources ordinaires augmentation du subside de la Ville et augmentation du nombre de membres l'exer- cice de 1908 se solde par un déficit d'environ 600 francs.

Qael que soit l'esprit d'économie déployé par le bureau de l'Institut dans la gestion de ses fonds, il se présente au cours de l'année des dépenses imprévues et de nature diverse qu'on ne peut insci-ire dans un projet de budget dressé au début de l'année ; encore s'agit-il de dépenses qu'il est impossible d'éviter: telles celles qu'entraînent les achats d'antiquités, les fouilles, etc.

Le déficit sur l'exercice 1908 s'explique en partie par l'augmentation de nos frais généraux dans lesquels sont compris notamment l'organisation des causeries domini- cales, les apprêts pour le déménagement de nos collec- tions, etc.

Sans pouvoir préjuger de l'avenir, il est certain que l'Institut, pour sortir de l'impasse financière dans laquelle il se trouve et amortir son déficit total qui atteint plus de 6.000 francs, devra avoir recours à des ressources extraordinaires. Et ce n'est pas au moment d'entrer à Curtius et à la veille du Congrès qu'on peut espérer réaliser des économies ; il faut, au contraire, s'attendre plutôt à un surcroît de frais pour l'exercice 1909. On ne peut non plus songer un instant à restreindre nos publi-

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catious qui raarqueut toute la vitalité de notre Société et témoignent de sa prospérité scientifique.

Cependaiit, il est absolument désirable, impérieux même, que notre situation financière soit apurée le plus tôt possible. Dans ce but, ne pourrions-nous faire appel à la géuérosité des pouvoirs publics qui se sont toujours moutrés si bienveillants à notre égard? Nous chercherions en même temps à recruter de nouveaux membres dans nos cercles d'amis.... Réfléchissons-y, mais ne tardons pas à agir.

Voici, en attendant, les comptes et bilan définitifs :

Exercice 1908.

A) Dépenses.

Achats d'antiquités fr. 700,

Fouilles » 898,45

Service de la bibliothèque » 5i,

Publications fr. 1.425,66

: Bulletin I. . . . » 929, 4^

» II. . . . » 1.035,92

» 3.391,08

Frais généraux :

Causeries publiques de l'hiver fr. i3i,22 Fêtes commémorât! ves de

Notger » 72,90

Frais généraux ordinaires. » 35o,5o

M 554,62

Entretien des collections . . néant » des locaux et apprêts de démé- nagement » 392,95

Commission de banque » 3,75

fr. 5991,80

XXVII

B) Recettes.

Subsides ordinaires :

Ville fr. i.5()0,—

Province . . .... » 5oo, - -

Etat . )) i.ooo,—

Cotisations . !*

Abonnements Chronique.

Recettes extraordinaires

Vente de Bulletins, etc. .

Intérêts (;n banque

Déficit sur l'exercice 1908

"r.

3.000,

)j

2.2l5.—

))

108,40

»

54,15

))

45,-

))

574,25

Fr.

5 991,80

Bilan au 3i Décembre 1908.

ACTIF

Avances récupérables (pour Congrès 1 . . fr. 140,

Solde créditeur eu banque » 526,^

DÉFICIT total n 6.081,17

fr. 6.747,17 PASSIF

Emprunts fr. 3. 100,

Factures à pa^^er » 3 647,17

fr. 6.747,17

Déficit total composé de fr. 5.506,92 déficit au 3i déc. 1907

» 574,25 » de 1908 fr. 6.081,17

Le Trésorier,

Florent PHOLIEN.

LA FABRICATION DU SOUFRE

ET DE LA COUPEROSE

AU PAYS DE LIEGE AU XVP SIÈCLE

En faisant certaines recherches au snjet de l'industrie au pa^'s de Liège, an xvi^ siècle, nous avons fait la décou- verte, dans un protocole de notaire de cette époque, d'un acte curieux et de nature à faire connaître certains pio- cédès industriels de cette époque. 11 s'agit de la fabrication du soufre et de la couperose et de la manière dont cette exploitation avait lieu.

Voici tout d'abord l'acte, extrait du protocole du notaire Lapide :

L'an xvc. i.xxvii, du mois de jung le 7' jour, pardevant nioy le not- tair subescript et les tesmoings dessoubs mentioiuiez personnelle ment constitue honoralile et vailliant homme le S'' Authoine Vaes et Jehan Geury, inliabitans de Praillon, d'une part et Guillelme Stevarts, d'aultre. Lesquels ont conjoinctement demonstre qu'ils seroyent résolus et d'accoi'd faire entre par ensemble en compaignie indivise, l'extraction et raffinueiMe des soupfres que se pourront tirer hors des marcassistes et kisses (') de certaine pi'inse de minières que détiennent ledict sieur Vaes et Stevarts au lieu dit de

(1) Marcassites pyrites tle fer cristallisées, contenant du soufre, du fer et du cuivre ; kisses, de l'allemand Kies, sulfure de fer ou d'autres métaux comme le cuivre et le plomb.

2

Sacerot (i), pais de Frauchiinont. Et ce aux conditions, reserves, poincts et articles que sensu y vent, auxquels lesdictscomparchouuiers geuéralenieut et particulièrement esdicts endroits soy accordent et consentent proniectant hic inde les maintenir et observer en forme et manière qu'ils sont cy après couches et ne contrevenir aulcune- ment à iceulx sous obligation de tous et quelconques leurs biens presens et a venir.

Premier est accorde entre lesdicts comparsonniers que cestuy contract deverat et demourat en sa forme et vigueur aussy long- temps que l'on trouveramatiere assez en abondance et que d'icelle on pourrat tirer les soupfres a i^rouffict.

Item le droict do minière de ladicte prinse demourat nonobstant cestuy contract en telle sorte qu'elle est présentement entre les mains des sieuivs Vaes et Stevartz sans «lue ledict Jehan Geui"y y puisse prétendre aulcun droict fonsier. Mais toutes les kisses qui se tireront doresnavant hors ladicte prinse seront employées et ouvrées au prouffict des trois comparsonniers et non aultres.

Lesdicts Sr^ Vaes et Jehan Geury seront tenus et aussy promectent desbourser et exposer tous et quelconciues les deniers (jue seront né- cessaires pour l'entretien des ouvraiges du foui'neau à faire soupfres audict lieu de Praillon et cela si a temps que ledict S'' Stevartz ou bien l'ouvraige nomme de la compaignie ne reçoive retard ou dom- maige Affin qu'il puy.sse aller continuellement lesdicts pour ce faire, y mectront une casse ('^j suffisante non dépourvue de deniers. Et encoutre ledict Stevarts sera tenu et promeut de livrer la science de ladicte extraction et minérale distillation des soupfres, ensamble cestuy preuiier fourneau qui présentement est dresse de 20 à 21 pots et consécutivement les autres fourneaul.x ([ue fauldr;i pour faire et continuer ledict ouvi'aige.

A condition telle que de cest dict premier fourneau ledict Stevarts aurat, pour son labeur, costange et érection en oeuvre d'icelle par ledict faire si longtemps qu'il b songnera, trois florins et dix aidans ligois. Et de tous aultres nouveaulx fourneaulx (juc après cestuy seront par luy dresses a 20 ou 21 jxits, aura ledict Stevarts i)our le labeur, costange, uu philippus daler par jour, si longtemps (jue lesdicts fourneaulx respectivement iront et besogneront.

Et si Ton trouvoit convenable et a pronflicl de faire lesdicts

I

(') SiisseroHe, localité voisine tle Tlicux. {•) Caisse, cassette.

- 3

foiiriieaulx plus farauds, ledict.' Stevarts eu aurat les sallaires à l'adveiuiut et selou graudeur desdicts.

Bieu euteudu que tous iustrumens comme l'erremeus. mesures et aiiltres ustensiles, duvsantes aux dicts fourneaux qui ne seront et ne pourront estre faicts en manufacture de terre, ne seront comptes endeans les salaires de Stevarts, ains seront particulièrement comptes a charge des comi)arclioniuers comme aussy toutles aultres réparations nécessaires.

Et affin que ledict ouvraige puisse conlinuellement aller et proufficter, est conditionne que ledict Stevarts sera tenu de préparer et dresser lesdicts fourneaulx consécutifs, si le temps qu'il met n'atnene aulcuns retardement dommaige et interest ; aultrement serat tenu de les porter seul et faire bono (') à ses comparchonniers lesquels aussy vice versa ont recipi'oquement promis de furnir de leur part a leur deubt si a temps que semblable n'amené aultre et portei'ont et feront bono les dommaiges et interest qui adviendroieut audict Stevarts.

Item, quant les fouilles seront faictes, l'on ferat en présence desdicts comparclionniers s'il leur plait, compte et censément de tous les soupfres que durant le temps des présentes icelles seront este faicts, lesquels soupfres seront estimes et mis a certain pris que pour estre reduicts en calculation de deniers et d'aultre part se compteront tous les desboursemens en la dicte fouille exposez lesquels seront premièrement et devant tout defalcques et restitues en casse.

Et toutte la reste desdicts soupfres serat entre lesquels trois comparchonniers egallemeut partys scavoir chacun un tiers desdicts.

Item le susdict Guill. Stevarts aurat pour le raffinnage desdicts soupfres de chacun cent ('-), sept pattars de Rbant pour ses salaires et se peut lesdicts soupfres faire aussy beaulx que ceux de Ham- bourg il aurat de chacun dix pattars bbant.

Et demoura ledict Guill. Stevarts maistre et administrateur du dict fourneau. Oultre les iprinses viendront au prouffict dudict Stevarts tous les vieux pots et aultres appartenans audict fourneau qui sont de manufacture de terre comme aussy il pourra tirer a soy

(') Bonifier = porter à l'actif.

(2) Il y a ici une lacune dans le texte. Est ce sur chaque cent livres ou chaque cent pots qu'on donnait 7 patars à Stevart? Nons suppo- sons toutefois que c'est sur cent livres car le rendement des pots peut très bien n'être pas uniforme.

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tous les charbons, craliiats aussi bien des houilles (') (^ue des kisses bruslees.

Et affin que ledict Authoine Vaes soit rembourse des deniers

qu'il seroit eu arrière pour despens extraordinaires ('-i par les

faits, il recevra doresuavant par chacun jour que le fourneau besonguerat xii patars de Bbant jusques a ce que soit emi)ly de la somme de cent dallers et non i)lus avant.

Il est encor conditionne que Jehan Geury anrat pour sa ('j

quant aperera que il aura vaijue i)our soliciter l'ouvraige tant jjour fossier les kisses, chai-rier les pierres ou aultrement cliascunjour sept patars de Bbant. Encor est conditionne (jue nonobstant cestuy contract, ledict Gui]I™e pourra et luy sera loisible de faire fossoïer et profonder en ladicte prinse de Sacerot après aultres quelconques matières et metaulx A condition telle que toutes les marcassites et kisses que, en fossoijant se tireront au jour viendront a ladicte com- paignie et seront employés au prouffict d'icelle. Et d'aultre part touttes les terres (^) que i)ar ledict fossoijement seront jectees au jour viendront et a])parliendront sans contredict audict Guillaume seul.

Et finallement comme ledict fourneau est érige en la sclouppe (^) du fourneau de fer de l^raillon, lesdits comparchonniers porteront et payeront legallement les charges et rentes audict fourneau, l)eage et tous deus du sclouppe. Mais pour support des dictes cliarges lesdicts comparchonniers par ensemble mectront ordi-e que dudict coup d'eau soit faict quel.iue prouffict soit de moulin, de semme ou aultre.

Lesquels poincts et articles, conditions et reserves ont lesdictz comparchonniers acceptes et accordes promettant que desdicts exécution.

('j Point curieux (^ue celui de remi)loi de la houille à cette indu- strie. Dans le Hartz, on emi)lo3'ait le bois, parce que l'on devait chauffer modérément, tandis que la houille donne une chaleur plus vive.

(2) Mot illisible ; le sens dit : ocaisionnés.

(3) Illisible : corvée (Tl).

(^) Les terres eu question sont probablement les noires terres citées avec les kisses, dans les actes de concession de mines de plomb spécialement, des registres de la Chambre des finances.

(5) Sclouppe, mot inconnu ; le contexte montre qu'il s'agit d'un bief de moulin, coup d'eau, écluse.

5

Présents en la muison diulict Giiillieliue Stevarts, scituee sur la paroisse de Saiucto Aldegoiule, en liiege, lionnestes personnes Mathy de Velckeueer, Matliy Mullenborgh, appelés de moy le uot- lair subescript.

r.Al'IDE.

Cette pièce est curieuse à plus d'un point de vue. Imi [)renuer lieu elle nous api)rend que, connue on le savait en ce qui concerne l'exploitation houillère, les entreprises industrielles étaient faites par des sociétés, des compur- clwnniers. L'acte en question établit très nettement d'ail- leurs, le rôle de chacun dans la Société, mais c'est incîon- testablement Guill. Stevart qui est la cheville ouvrière de l'affaire. C'est lui, en effet, qui construit le fourneau et il semble même le posséder d'avance ; il en reste maître et administrateur. Ue plus, il reçoit, outre sa part et son salaire, les déchets, non sans valeur, nous le verrons, de l'exploitation, sans comjjter les profits supplémentaires qu'il peut faire en « fossoyant après d'autres matières » dans la minière de Sasserotte. En effet, la Société n'a pour ses trois membres qu'un but, l'extraction et le raffinage du soufre retiré des marcassites et des kisses.

L'exploitation du soufre devait avoir une grande impor- tance dans un pays l'on fabriquait beaucoup de poudre et le salpêtre était abondant. Il était donc utile de s'occuper de cette industrie et en réalité plusieurs indus- triels durent essayer et même réussir puisqu'un édit du 24 décembre iSgô défendit le trafic, c'est à dire sans doute, l'importation des aluns, couperoses et soufres, tant qu'une nouvelle ordonnance n'aurait pas statué sur ces matières et ce, précisément pour empêcher que ceux qui s'occupaient de ces substances ne fussent pas frustrés de leurs peines ('). Nous apprenons d'ailleurs par l'acte ci-dessus, d'où l'on tirait le beau soufre. C'était de Ham-

(1) Nous avons aussi, dans des actes du notaire Hadin. retrouvé le nom d'un de ces exploitants et marcliand de soufre, couperose et alun, Wilhem Leuwerixht (Leuvrix, Louvrex).

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bourg', entrepôt des soufies et couperoses provenant" du Hartz.

D'après ce que l'on peut comprendre de la description du fourneau à pots et des mots distillation et raffinage employés dans l'acte, c'est bien le procédé môme usité dans le Hartz, que Stevart employait. Pour autant qu'on peut s'en rendre compte, le fourneau était nn massif de maçonnerie avec feu central, autour duquel sont disposés des pots ou creusets, en terre en niannfacture de terre dans le genre de ceux que décrit Sclilutter ('). Les mine- rais de marcassite ou kisses, c'est à dire de pyrite ou sulfure de fer (de cuivre ou de plomb peut-être) concassés, étaient placés dans ces pots et lorsque l'on allumait le fourneau, le soufre, mis en liberté, s'échappait par le haut des creusets et était conduit par des manches ou tuyaux en terre, jusqu'à des réservoirs remplis d'eau il se précipitait. Le soufre ainsi produit n'est pas le beau soufre jaune; il est gris et doit, pour être mis en « canons », c'est à dire dans sa forme commerciale, être raffiné, de les deux opérations mentionnées dans l'acte, la distillation et le raffinage. Je dis deux opérations, car Stevart reçoit un salaire différent pour chacune et c'est à l'occasion de la seconde qu'on lui promet dix patars au lieu de sept por cent (livres) de soufre, s'il parvient à produire du soufre aussi beau que celui de Hambourg-.

On remarquera que Stevart stipule qu'il conservera à lui les déchets de l'exploitation, notamment les crahiats de kisses brûlées.

Ces crahiats avaient, en effet, une valeur industrielle comme le montre le mode d'exploitation employé dans le Hartz (^j. lùi effet, le grillage des minerais n'en dégageait

(1) Clu'.-.Vndr. Stin.UTi'EU, Delà foule, de.'i mines, des fonderies, etc. trad. Ilellot. Paris, lySS, chapitres 36 et i33. (2j SCHIiUTTER, loc. cit.

7

pas toute la matière sulfureuse, déjà considérable puisque ces kisses renferment de 47 à 53 °/o de soufre. Aussi utili- sait-on ces crahiais pour faire des vitriols ou couperoses. Le procédé est simple. A leur sortie des creusets, les kisses brûlées ou grillées étaient jetées dans des baquets de bois et arrosées d'eau bouillante qui dissolvait le sulfate de fer de ces minerais. La dissolution, après quelques jours, était soutirée par le bas, hors des cuves, chauffée pour la réduire puis mise dans des cuves à cristalliser elle se prenait en cristaux verts, bleus ou blancs, suivant que le minei^ai contenait du fer, du cuivre ou du plomb. C'était la couperose ou vitriol et le produit valait la peine qu'on s'occupât de sa fabrication ('). Il faut remarquer d'ailleurs que les anciens métallurgistes ne savaient guère retirer le fer des pyrites, sans doute à cause de la forte proportion de soufre qui s'y trouvait ; ils essaimaient donc d'en tirer le meilleur parti en distillant le soufre et en dissolvant les sulfates en couperoses.

En ce qui concerne le soufre, en tous cas, l'opération était avantageuse car elle permettait de se procurer ce produit moitié moins cher que ne coûtait le soufre d'Italie. C'était donc une industrie avantageuse pour le Pays de Liège, ces pyrites abondent et l'on comprend pourquoi, en 1596, le gouvernement princier interdit l'importation des soufres étrangers, sans doute ceux de Hambourg, moins chers que ceux d'Italie, afin que les industriels liégeois ni fussent pas privés des bénéfices de leur industrie.

En tous cas, Guillaume Stevarts dut réaliser des béné- fices dans cette affaire, car deux ans après cette fondation de société, on lui voit racheter la part de l'un des compar-

chonniers Jehan Geuvy (-).

EuG. PO L AIN.

(ij II était employé notamment au grillage des minerais ])Our en éliminer le soufre et les sulfures.

(-) Acte (lu notaire Lapide du (j juillet 1578.

1

JOSKPll 11

ET

LA libi^:rté du commerce des grains

Les conflits d'ordre ])olitiqiie et religieux qui ont marqué lo règne de Joseph 11 dans les provinces belgiqucs ont, très naiurelleniont, attiré do préférence l'attention des liistorions. Leur iuiportiuu'e, les conséquences et le reten- tissement qu'ils ont eus expliciucnt suffisamment qu'il en ait été ainsi. Mais ce serait une erreur de croire que c'est exclusivement dans ces deux seuls domaines que les lîelges et leur prince avaient des vues différentes. I^eur accord n'était pas mieux établi dans les questions écono- miques. C/ost à un incident de cette oiii)Ositi()n que nous voudrions consacrer cette notice.

Josci)li 11 était un pliysiocrntc ; toute la législation éco- nomique des Pays-lîas était protectionniste et imbue des ])rincipes du plus i)ur mercantilisme. Pratiquement, les tentatives de réfornies ne se ])roduisirent (pTà ]-)ro])()s de la circulation et du commerce des grains.

L(^rs de son voyage dans les Pays-Bas, .losepli II ne dissimula i)as les principes qui l'inspiraient. 11 s'étonna de ce. (jue l'exiiortation des céréales semblait être défendue d'une façon [)rcsque permanente et témoigna <■<■ que la » libeité était ce (jui lui paraissait le plus convenable et » le plus avantageux )>. I.ies autorités belges s'em})ressèrent

10

de lui faire observer « que les circonstances du local w demandoient absolument ce genre de précaution dans ce » pays-ci; qu'on avoit été longtemps en erreur ici sur la » mesure de la production en grains, mais qu'il étoit bien )) constaté à présent que l'excédent de la consommation i) interne se réduisoit à peu de chose; que dans les temps » de liberté les Hollandais entr'autres enlevoient les grains » avec véhémence par leurs entrepôts, et que la porte une » fois ouverte, nous étions en danger de manquer aux )) besoins internes; que malgré la déffense d'exportation, » les grains étoient à un prix qui soutient la balance entre » ce qu'on doit au cultivateur et ce qu'on doit au consom- » mateur et que c'est en suivant l'affaire comme on l'a » fait et en accordant momentanément la liberté pour » la révoquer au moment les circonstances changent 3) que Ton s'est préservé ici des inconvénients de l'excessive w cherté et de la disette, qui pendant un temps a accablé » tous nos voisins; qu'au reste, il y avoit sur cette matière » des principes si sûrs et une police si intéressante qu'on « croyait pouvoir réclamer la connaissance du chancelier » de cour et d'Etat et le rapport qu'il pourroit en faire à i) Sa Majesté » (').

L'empereur ne fut guère convaincu : dans une lettre écrite, après son retour à Vienne, au prince de Kaunitz, s'il admettait que l'importance de la question méritât de mûres réflexions, il réitérait qu'il fallait des circonstances locales «pour détruire les principes posés sur des foude- » ments aussi sûrs que ceux qui ont toujours regardé la » liberté du commerce des grains comme la source la plus » sûre de i-elever l'agriculture et: de soutenir les culti- )) va tours » (^).

{^) E. IIuiji:rt, Le uayn^fe ilc l'eiiijiiTiiir Joseph II duiis les J'nys-Iins, pièce justificative XLII, pj). ^iti-^i'A.

(^) Ibidem, pièce jiislil'icativo XUII, p. \-2i.

II

Quelle était à cette époque la législation annonaire belge? Sans pouvoir ici entrer dans de grands détails, ni remonter très haut, il suffit d'en indiquer les principes fondamen- taux et les x^rincipales applications réglementaires.

Au point de vue de l'exportation, elle était, ou complète- ment prohibée ou temporairement permise pour certaines espèces de grains et par certaines frontières. Quand l'exportation est ainsi autorisée, elle est soumise à des formalités tracassières et à des droits de sortie.

Pendant les premières années du règne de Joseph II, on suivit les mêmes errements. C'est ainsi que la sortie du froment fut défendue i^ar un édit du 3o décembre 1780 (') et ne fut autorisée par certains départements (Ypres, Courtrai, Tournai, Mons, Charleroi, Chimai, Namur et Tirlemont) que le 3i janvier 1782 H et le 21 mars 1782 par les autres (^). Dès le 3 septembre 1782, elle fut défendue par la frontière septentrionale C) et à partir du i3 octobre suivant (^) elle ne fut tolérée par les frontières française et liégeoise qu'avec de minutieuses précautions et des formalités compliquées, destinées à établir la provenance du blé et sa destination. Le duché de Luxembourg, qui jouissait depuis 1777 de la liberté d'exportation, fut, par ordonnance du Conseil des finances du 19 décembre 1782 (*^), compris dans la prohibi- tion d'exportation. Enfin, le 3i décembre 1782, la prohibi- tion fut absolue(^). Dans la suite, l'alternative recommença: 10 mai 1783, permission d'exporter du froment (sauf par

(1) Chambre des Com])tes. Archives générales du Royaume, 68, fol. 89.

(-) Ibid., 68, fol. 119'°.

(3) Ibid., 68, fol. 120,

(4) Ibid., n" 68. fol. i3o.

(5) Ibid., i\° 68, fol. 161V0.

(6) Ibid., n" 68, fol. 167 vo. C) Ibid., noGS, fol. 169,

12

le Luxembourg) (') ; 25 octobre 1784, défense géuérale et absolue {-); 26 novembre 1785, liberté de sortie '^).

Le seigle, l'orge, les semences, la boaquette et les autres céréales étaient de leur côté l'objet d'autorisation ou de défense d'exportation le plus souvent indépendantes des mesures prises à l'égard du froment.

En ce qui concerne la circulation intérieure des grains, l'ordonnance de Marie-Thérèse du 8 juillet 1771 (*) régle- mente minutieusement la circulation dans les deux lieues en décades frontières, et celle du 7 novembre 1771 ^^^ formule à nouveau les règles traditionnelles sur la matière. Cette ordonnance fut rendue sur la proposition des Etats de plusieurs provinces et avait pour but de procurer une diminution du prix par une plus abondante circulation, particulièrement aux marchés j)ublics. Le Conseil privé avait donné un avis conforme. Ses principales dispositions étaient les suivantes : obligation à tout détenteur de grains de l'apporter aux marchés ; défense à tout le monde d'en acheter ou d'en vendre ailleurs, comme d'en acheter ou d'en vendre qui n'y aient pas été réellement exposés, le tout sous peine de la confiscation et d'une amende de 10 florins par centaine de livres de grains, à charge tant du conducteur que de l'acheteur: la vente au plat pays n'était permise qu'aux voisins, sujets du prince, pour leur consommation, avec obligation pour eux de transporter le grain acheté sur leur tête ou sur leur dos ; sont proclamés nuls tous contrats de vente ou d'achat, faits au marché ou ailleurs, antérieurement à la publication de l'ordonnance, dans tous les cas les grains n'ont pas été réellement et effectivement délivrés à l'acheteur avant cette même date.

(ij Chambre des Comptes. Archives générales du Royaume, n" 68, fol. 192. (•') Ibid., 08, fol. 212 v^ (■^) Coll. imp., iu-fol., t. XXI.

(*) Ordonnances des Pays-Bas autrichiens, 3^ série, t. X, p. i83. (5) Ibid., p. 201.

lo

Ces dispositions ne s'appliquaient qu'aux grains indi- gènes ; il était loisible d'importer des grains de l'étranger et de les vendre sans les exposer aux marchés publics. Pour éviter la fraude, ces grains devaient être accom- pagnés d'un certificat délivré par les employés des droits d'entrée lors de l'importation (Décret du 4 décembre 1771 de Charles de Lorraine) (').

L'ordonnance du 8 juillet 1771 n'était pas appliquée dans le Limbourg et celle du 7 novembre ne le fut pas non plus, de même que dans le Luxembourg {^) ; mais le Conseil de cette dernière province rendit une ordonnance en date du 18 décembre 1771 i^) réglementant la circulation dans le pays à une lieue de la frontière et la vente aux marchés publics.

Les députés des Etats du Hainaut demandèrent la révocation de l'édit du 7 novembre ; par décret du 29 avril 1772 {*), l'Impératrice la refusa, à raison surtout des efforts que faisait la France pour conserver ses récoltes. Mais peu après, 17 janvier 1778, sur avis du Conseil privé et à raison de l'état des récoltes, Marie- Thérèse, jugeant qu'il était de l'intérêt de ses peuples de rétablir dans l'intérieur des mêmes provinces la libre circulation des grains, révoqua l'édit du 7 novembre, tout en maintenant celui du 8 juillet 1771 (^). Certaines dispo- sitions de ce dernier furent même révoquées et les autres adoucies, par une ordonnance du 26 mars 1778 (^j ; mais

(ij Ordonnances des Pays-Bus Autrichiens 3^ série, t. X, p. 201, note.

{•) Dans le duché, il y eut deux ordonnaues du Conseil qui réglaient la matière (28 février et 129 avril 177g. Collection Bibliothèque Chambre des Représentants, II, pp. 91 et 92.

(^) Coll. inipr. in-fol. XVII. (Archives générales du Royaume).

(4) Ordonnances des Pays-Bas Autrichiens, 3^ série, t. X, p. '202.

i'^) Ibidem, p. 323. Les règlements locaux des marchés publics restaient naturellement eu vigueur.

(6j Ibidem, p. 373..

- i4-

celle-ci à son tour, fut abrogée le 9 octobre suivant et les anciennes prescriptions reprirent toute leur force (^). Au X^rintemps de 1773, le renchérissement et la disette des grains des paj's voisins amenèrent Marie- Thérèse à pres- crire des mesures pour empêcher plus efficacement l'exportation des grains et à édicter des dispositions analogues à celles de l'édit du 8 juillet 177 1 i-J dont la plupart devaient prendre fin en août suivant.

On peut donc dire que la circulation intérieure des grains était libre, sauf dans les localités voisines de la frontière ; mais cette liberté ne faisait pas obstacle ni à la perception de droits divers, ni à la réglementation locale des marchés publics.

* *

Le résultat des réflexions de Joseph II, annoncé dès 1781, fut l'édit du 11 décembre 178Ô qui est précédé d'une très intéressante déclaration de principe :

ce Aj'ant mûrement pesé les avantages et les iuconvé- w nients du sj'stéme de législation que l'on a suivi jusqu'ici )) aux Pays-Bas, relativement au commerce et à la police » des grains, Nous avons reconnu toute l'illusion de ces » réglemens multiples et variés à chaque instant au moïen i> desquels, en enchaînant de toute manière le commerce » et la circulation de cette denrée, on a cru pouvoir en » maintenir en tous tems l'abondance et le prix moïen et » prévenir tout monopole , sans faire attention que ce » système devoit nécessairement rallentir et décourager » la culture, empêcher toute spéculation en grand et tout » magasinage dans le païs, forcer les propriétaires et les » négocians à profiter du premier moment qu'on permet- )) toit la sortie pour faire transporter et emmagasiner dans

(1) Ordonnu/ices des Pui/sBns Autrichiens, 3e série, l. X, p. 4-5. (') Oivlonuauoe du ic- mai 1775. (Chambre des Comptes. Archives générales du Royaume, G;, fol. 32i v".)

10

« les païs étrang-ers les quantités démesurées de grains, » prennaut même sur le nécessaire pour la consommation » intérieure, par où, bien loin d'atteindre le but que l'on » cherclioit par tous ces réglemens instantanés, l'on s'ex- » posoit à voir renaître sans cesse les embarras qu'on » vouloit éviter, en provoquant, au lieu de les écarter, les » manoeuvres des monopoleurs. A quoi voulant pourvoir, » pleinement convaincu qu'une entière liberté dans le » commerce des grains est le seul moïeu d'entretenir con- » stamment dans le païs le prix le plus avantageux de cette M denrée, tant pour le propriétaire et le cultivateur, que » pour le consommateur, en donnant pleine carrière à la » culture et en animant la confiance des négocians opulens » et honnêtes, dont les spéculations et les magasins libres » de toutes entraves amèneront mieux que tous les » réglemens l'abondance et le prix convenables, et la )) concurrence nécessaire pour écarter tout monopole », l'Empereur de l'avis de son Conseil ordonné en Brabant, déclare abolis « tous les édits, ordonnances et règlements » émanés jusqu'ici sur le commerce et la j>olice des » grains. » L'article 2 de l'Edit est ainsi conçu : « Il sera )) libre en conséquence à tous et un chacun de vendre et » d'acheter en tout lieu comme bon leur semblera, les » grains et farines de toute espèce, de les faire entrer et » sortir de ces païs, de les y garder et emmagasiner, et » d'en disposer ainsi et de telle manière et eu tel tems » qu'ils le jugeront le mieux convenir, sans être sujets à » aucune inspection de police, ni à d'autres formalités que » celles prescrites pour la manutention de nos droits » d'entrée et de sortie ('). »

Cette liberté absolue qu'il proclamait en ce qui con- cerne la consommation des céréales n'était qu'une appli- cation d'un principe plus général qu'il exprimait le

(ij Collection iu-fol., t. XXII, aux Archives générales du Royaume.

i6

7 janvier 1788 dans une lettre au comte de Trauttmans- dorff (M à qui il écrivait : « A l'éj^ard du commerce et des » douanes, je crois qu'on n'y est pas procédé d'après les » bons principes qui conviennent à ce pays ouvert, » l'on ne ]3eut exiger des droits qu'il est si facile de » frauder. Le transit et la libre sortie des produits doivent » former la base pour toutes les dispositions relatives à » une partie aussi essentielle ; les fabriques et manufac- )) tures de ces provinces ne méritent aucune considération » lorsqu'il s'agit d'un intérêt majeur. » Il est donc d'avis » d'accorder une liberté presque parfaite pour le transit, » l'entrée, la sortie et la consommation. » Les Etats augmenteraient leurs subsides pour indemniser le trésor royal de la perte qu'il éprouverait de la suppression des droits de douanes et si quelques fabricants venaient à quitter le pays « de plus gros négociants viendraient s'y » établir et cette liberté.... attirera peut-être tous les i) transits d'Allemagne, Lors les bois de construction ; il » se pourrait aussi que toute la contrebande pour l'Angle- » terre et la France se ferait de chez nous m {•).

*

Le principe de la liberté absolue en matière de céréales ne resta pas longtemps en vigueur. Si l'on ne peut consi- dérer comme une atteinte à ce principe le décret du 14 février 1787 (^) portant qiTe l'édit du 11 décembre pré-

Ci; H. SCHLITTER, Geheime Correspoiidens Josephs II, 1900, p. 48.

(2) Traiittinansdorff adopta d'enthousiasme les idées de son sou- verain et donna les ordres nécessaires pour réunir les éléments d'un grand rapport à faire sur la question. Cf. ses lettres à Joseph II des 23 et 28 janvier et27 février 1788. II. SCHi.riïER, op. cit., i>p. 57, 61 et 71. Aucune suite ne semble avoir été donnée à ce projet.

(3) Conseil Privé, cartons 263i et 2702, et collection de placards de la Bibliothèque de la Chambre des Représentants, t. \'III, p. io3.

I'

cèdent u'iibolissait ni les droits de banalité, ni ceux de louche et d'accises, ni les règlements de police sur les marchés publics, par contre l'ordonnance du 27 sep- tembre 1787 (M constitue une première et grave déio- gation. Cette ordonnance rendue à la prière de plusieurs Etats i.^*, suspendit celle ^u li décembre en ce qu'elle défendit la sortie du froment par eau par la frontière d'Anvers à Nieuport et celle, tant par terre que par eau, par toutes les frontières sauf la Gueldre, de toutes les céréales à l'exception de certaines espèces d'orge. Cet édit resta en vigueur jusqu'au 26 juillet 1788, date à laquelle une déclaration de l'Empereur [^) abrogea la défense d'exporter le froment et le seigle. ^lais en ce qui concerne ce dernier, l'exportation en fut si consi- dérable que dès le 17 novembre suivant (*) on la suspendit par totis les bureaux de la fiontière du Xord depuis Turnliout jusqu'à Courtrai. Cette prohibition fut étendue le i5 décembre 1788 C^) à la frontière française et liégeoise et engloba eu outre le froment, le métillon et l'épeautre ainsi que les farines.

Eufin quelques jours plus tard, le 3i décembre (*^), la prohibition fut générale et comprenait en dehors des céréales, une foule de produits agricoles, légumes, œufs, volailles, etc. Une déclaration du 18 mars suivant ren- força les pénalités frappant les fraudes C).

Ou sait que le printemps de 1789 fut marqué en Fi'ance par une grande disette et les Pays-Bas en subirent le

(ij Archives générales cUi Royaume. Collection iu-folio de pla- cards, t. XXII.

(2) Ibid., t. XXIII. f^i Ibid., t. XXIII. (4j Ibid., t. XXIII.

(3) Ibid., t. XXIII. (6) /bid^ t. XXIII, '7| Ibid., t. XXIII.

I

i8

contre-coup. L'exportation frauduleuse sévit sur une grande échelle. On dut le 4 avril 1789 (^J rétablir la légis- lation méticuleuse qu'avait formulée l'édit du 8 juillet 1771 sur la circulation des blés dans le voisinage de la frontière (-).

Peu après, la situatiou devint d'autant plus gra\ e que les circonstances générales échauffaient déjà les esprits et que, suivant Trauttniansdorff (^i, aies mal intentionnés » auxquels il importe d'entretenir les troubles chercheraient » sans doute à en profiter pour exciter du mécontentement » parmi le peuple et l'engager à quelque indécence qu'il » faudrait ensuite réprimer par la force. » Le ministre en attribue les causes au manque « des grains des pro- )j vinces du JSTord de la France et à ce que le principe, « bien vrai d'ailleurs, qu'il ne faut point imposer de gène » au commerce de cette denrée de première nécessité ayant •>•> été étendu un peu trop loin chez nous, dans ces cir- » constances nous n'avons... conservé que tout au plus la » quantité nécessaire pour fournir à nos propres besoins » et sommes par exposés à toutes les suites fâcheuses » que produit le vil intérêt des vendeurs dont la mnr- » chandise est devenue indispensablement nécessaire aux » acheteurs. »

Partout les prix haussèrent, doublèrent même; le Hainaut en i)articulier manqua de blés ; l'appât du gain favorisait la contrebande. Tout en ne s'exagérant pas le

(1) Voir les nombreuses pétitions et les délibérations du Conseil du Gouvernement {i:énéral, au carton 11° 170 des arcliives de ce Cou- seil, Arcliives j^énérales du Royaume.

('-) Les officiers fiscaux furent chargés de veiller à rexeculion de cet édit. Voir les instructions qu'ils reçui'ent : Conseil du Gouver- nement f-énéral, rcg. 19;). fol. 5 et ss. C'est le Conseil du Gou- vcrnemeni général qui centralisa toutes les mesures à prendre eu présence de la disette des grains.

(3j Ti-autimansdorff à .Josei>li II. 3i mai 1789, dans II. Scni,lTTi:i{, oyn cit., ])p. ii'ii et 2(j3 et noies p. {J~3.

- 19

danger, Trauttsmausdorff agit personnellement. Il se rendit à Mons afin de i:)rouver par cette démonstration publique qu'il s'occupait de remédier au mal; à Bruxelles même, il A^isita les marchés publics incognito, mais il fut reconnu et réussit à faire baisser les prix. Il fit passer en Hainaut des grains de Flandre et importer dans ce dernier comté des céréales de Hollande.

Ces mesures ne calmèrent pas complètement la popula- tion. Il y eut des pillages et l'on arrêta des convois de grains, les empêchant de se rendre à leur destination (').

La politique de Trauttmansdorff, dans ces circonstances critiques, fut habile et énergique ; il rendit, au nom de l'Empereur, un édit (3 juin 1789) (") comminant la peine de mort contre quiconque attaque ou insulte toute personne portant du grain dans les villes ou même le transportant d'un lieu à un autre, contre quiconque se livre au pillage ou tente seulement de le faire, et autorisant ceux qui seraient victimes d'attaques ou d'insulte ou de pillage à se défendre même par la force. L'édit punit de la fustigation et de dix ans de détention dans une maison de force tous ceux qui auraient comploté ou excité à se livrer à de sem- blables attaques. Ces divers crimes étaient jugés sommai- rement et suivis d'une exécution immédiate.

En même temps qu'il agissait au répressif, le ministre essaj'ait de prévenir les troubles et « d'assurer le repos et

': Le caractère général et spontané de ces désordres éveilla en Trauttniansdorl'l' des soupçons sur leur sincérité. II crut y voir un coup monte par les adversaires du gouvernement. Il n'était jias loin, du reste, d'attribuer aux mesures i)olitiques en i>erspeciive une des causes de la disette. «Il y a beaucoup d'apparence que cette disette "momentanée jirovient en partie de ce que les abbayes, prévoyant «leur suppression, se sont emi)ressées à vendre toutes leurs provi- w sions et sont parvenues même à engager leurs fermiers, dont le » nombre est si considérable, à caclier leur grain sans le vendre afin » d'exciter du mécontentement ». Ibidem.

{^) Archives générales du royaume. Collection in-foL, t. XXIII.

20

» la tranquillité publique ainsi que la libre circulation des )) grains dans l'intérieur du pays qui seule peut procurer » l'abondance aux marchés et ramener les prix des grains » à un taux modéré »('). Il recourut au sj'Stème des primes. Il accorda une prime de 45 florins de Brabant pour chaque last de seigle de 60 rasières qui, importé par les bureaux de Lille et de Selzaete, serait apporté aux marchés publics jusqu'au i*'' juillet et vendu avant le i5 suivant ('). Il auto- risa les Etats de Brabant à consentir une prime de 8 sols à la rasière pour le seigle vendu aux marchés de Louvain, de Bruxelles et d'Anvers. Ayant ainsi pourvu à l'aliment consommé par le menu peuple, il voulut « étendre égale- w ment ses soins à l'égard du froment nécessaire pour la » consommation de la ville de Bruxelles et offrit à ceux » qui en apporteraient aux marchés des 17 et 19 juin, les )) primes suivantes : i" quatre sols par rasière à ceux qui » exposeraient en vente et auraient effectivement vendu )) au moins 20 rasières ; 2" quarante, trente et vingt flo- » rins en sus des quatre sols, aux trois personnes qui » respectivement auraient importé en ville et vendu la » plus grande quantité de froment pour autant que ces )) quantités excèdent cinquante rasières. Les trésoriers de j) la ville étaient chargés du contrôle » (^).

C'était répondre aux primes à Timportation grâce auxquelles la France avait réussi à introduire tant de blé au détiiment des Pays-Bas.

Aux marchés des i5 et 17 juillet, les mêmes primes furent accordées avec cette modification que le froment

(1) Préambule de l'édit du 3 juin idte.

(2) Journal génénil de l'Europe, cité ])ar II. Sciii.iTTER, op. eit.,

i>. G:3.

(3j Aviîi'tissenicut du i.'5 juiu. Arcliives générales du Uovuuine, collection in-folio, t. XXIII.

21

ne devait pas être vendu au-delà de 6 florins la rasière, mesure de Bruxelles (').

En outre, Traiittmansdorff donna une médaille d'or « à » un fermier de village qui, de son propre mouvement, » a vendu mille rasières de grains à ses concitoyens, à un » infiniment plus bas prix qu'il n'eût pu le vendre au )) marché », ainsi qu'à un autre « qui sacrifie au-delà de » mille florins pour fournir pendant plus d'un mois une » grande quantité de froment, à dix sous moins que tous » les autres (^j )>.

Citons enfin comme mesure destinée à calmer la crise, la déclaration du 12 juillet, maintenant la défense d'ex- porter des grains, malgré les apparences de récoltes favo- rables, jusqu'à ce qu'on soit assuré du résultat de la récolte de 1790 (^).

Dans sa correspondance secrète avec Joseph II, le comte de Trauttmansdorff ne dissimule pas qu'à un moment donné, la situation était grave. Il admet qu'il y avait un certain accaparement, mais avoue très franche- ment qu'il y avait une insuffisance avérée. Il en attribue la cause à la France « qui nous a porté le coup mortel par » la quantité incroyable de grains qu'elle nous a enlevée » légitimement tant que l'exportation était permise, et par « fraude depuis qu'on a été obligé de la défendre ; l'attrait » du prix considérable qu'on y paie et des primes plus » exorbitantes encore qu'on y accorde rendent toutes les « précautions à cet égard parfaitement inutiles (*) »

Cependant les mesures qui furent prises enrayèrent le

(') Avertissement du 11 juillet 1789. Archives générales du Royaume. Collection in-folio, t. XXIII.

(-) Trauttmansdorff à Josepli II, i3 juillet i^Sg. H.. Schuttek, op. cit., p. 307.

(^) Archives générales du Royaume. Collection in-folio, t. XXIII.

i^j Trauttmansdorff à Joseph II, 7 juin 1789. II. ScHi-riTER, op. cit., p. 26G.

22

mal, les troubles cessèrent vite et si le prix des céréales resta élevé, du moins farent-elles, en quantité suffisante, offertes aux marchés publics. Dès le 20 juin, Trauttmans- dorff se dit sans inquiétude et se refuse à procéder à des perquisitions chez ceux qui étaient soupçonnés d'accapa- rement non seulement à cause des événements politiques du moment, mais parce que les « monopoleurs » ont « tant » de moyens de cacher leurs provisions sans qu'il soit possible de les découvrir ». On fit cependant des recherches à rabba3"e de Tongerloo, signalée comme ayant dix mille rasières, l'on ne trouva que douze cents. Pour lui « le parti qu'on a pris de faire cesser le monopole par » une baisse subite et considérable des prix, en augmen- » tant le nombre des vendeurs par l'établissement des » primes, a fait le meilleur effet » [^).

A la mi-juillet, Trauttmansdorff se considère comme maître de la situation. « L'espèce d'inquiétude que nous » avions sur la disette des grains, écrit-il le i3 juillet à » l'Empereur, a absolument tourné à notre avantage , j) puisqu'elle a occupé aussi et nous a valu la reconnais- » sance surtout du peuple auquel j'ai naturellement le » plus songé. Nous nous sommes procurés une abondance » peu commune à tous les marchés. Nous avons fait consi- » dérablement baisser le prix qui est ti'ès tolérable et » aujourd'hui je suis parvenu à faire augmenter le poids » du pain d'une, deux et trois onces, sans que tout cela n ait exigé la moindre contrainte ou ordonnance gênante » pour le commerce des grains qui ne saurait être assez » libre ; la seule à laquelle j'ai me prêter est la décla- » ration que l'exportation serait défendue jusqu'à la » récolte de 1790, parce que j'espère que cette opération » contribuera ])lus que toute chose à faire cesser le mono-

(1) 'rniiutinaiisdorl'i'à.lo.scph II, 20 juin 1781). dans II. Sciu.nTKU, op. cit., p. 275. Cf. la note oi)tiiniste qui sacceiitue, le 26 juin; il) idem, p. 1:82.

23

» pôle qui était la principale cause de toute notre » disette » (').

Sur ce dernier point, le ministre était quelque peu eu contradiction avec lui-môme, car il n'avait pas jusque-là accordé grande iniluence aux tentatives de monopole.

Sauf quelques mouvements dans le Linibourg ('), en septembre, l'été se passa sans plus de troubles dus au manque de céréales et tout rentra dans une situation nor- male [^).

Il est intéressant à noter, comme le rappelait du reste Trauttmansdorff lui-même, qu'exception faite de la défense d'exportation et des mesures destinées à éviter la sortie frauduleuse le long des frontières, aucune disposition législative ou coercitive ne fut prise pour remédier à une disette considérée comme sans exemple dans le pays. Le gouvernement n'eut recours qu'à des mesures d'ordre économique, agissant sur le jeu de l'offre et de la demande. 11 faut spécialement signaler qu'il ne rétablit pas l'ancienne législation traditionnelle réglementant la circulation et la vente des céréales dans l'intérieur du pays, sauf cependant eu Hainaut.

La situation de cette dernière province décida sans doute le gouvernement à y rétablir les principes consacrés par d'anciens édits (■*). Toujours est-il que, sur dépêche datée

(1) H. ^'CHI.nTER, op. cil., ]). 3()-.

(2) Trauttniansdorlf à Josepli II. i<) septcMiibre, dans H. Sciiuttf.r, op. cit., p. 387 .

(^; Le 23 sei)(eiiibre, le ininislre i)aiie au i)assé de la «disette extraordinaire >', «dont le gouvernement a presque niiraculeusenient arrêté les jjrogrès et les suites ». Ibidem, p. 899.

(*) A signaler un décret du conseil de llainaut défendant de porter obstacle à la libre circulation et au transport des grains dans l'in- térieur de la i)rovince, du aS mai 17S9. Bibliothèque de Mous, 53'^ portefeuille de placards, 11" 25o8.

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du 17 septembre 1789, le conseil souverain du Hainaut publia un édit de la même date, par lequel lEuipereur affirmait que l'attention par lui donnée à tout ce qui inté- resse la subsistance de ses peuples, lui a fait prendre « en )) considération que l'interposition de personnes tierces ■>y entre les cultivateurs et les consommateurs prête à des w manœuvres i)ropies à produire le renchérissement du » grains». En conséquence il défend l'acliat-vente de grains ailleurs qu'aux marchés publics, sauf le droit des habitants des campagnes d'y acheter ce qui est nécessaire à leur consommation, et il annule tous contrats non exécutés et contraires à la nouvelle interdiction (').

Cette exception est d'autant plus étonnante que Trautt- mansdorff résista aux vives instances qui lui furent faites en Flandre en vue du rétablissement de l'édit du 7 novembre 1771. Malgré les perspectives favorables de la récolte de 1789, la situation générale provoqua certains achats à un prix élevé et dès le 3i juillet les baillis et hommes de fief de la cour, château et vieux bourg de Grand insistent pour que le gouvernement soit saisi d'une demande d'interdiction générale de vente ailleurs qu'aux marchés publics (^). De son côté, Trauttmansdorff signale le 4 août aux députés des Etats de Flandre qu'on a porté à sa connaissance « que le monopole exerceroit déjà ses » manœuvres et ses spéculations sur la récolte en achetant » et en retenant des parties considérables de grains sur « pied». Il est décidé à y porter remède, mais avant de rien faire, il demande l'avis des corps administratifs flamands.

(') Conseil du Goiivernement général ; rejï. 11° 19;), fol. i3G v».

(2) Etats de Flandre, j^jS. Archives de l'Etat à Gand. Ce rej;istre contient les cojjies souvent iini)riniées des avis et des lettres des diverses administrations et des députés des Etats relatifs à la circulation des {grains. Xous y renvoyons quand nous ne donnons pas <rindicaiion contraire.

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Suivant l'usage, les députés s'adressent aux diverses administrations locales afin de coustituer « un résultat provincial ». S'il y avait unanimité pour décider le main- tien de la prohibition de l'exportation au moins jusqu'après la récolte de 1790, il y avait divergence d'opinion sur le régime intérieur à adopter.

Le clergé de Bruges, la ville de Gand, Courtrai, Aude- naerde et sa cliatellenie, le pays d'Alost, la ville et le pays de Termonde, Ninove et Assenede sont favorables à l'interdiction de vente hors des marchés publics avec, quelquefois, des réserves sur des points secondaires.

Le clergé de Gand et le Franc de Bruges signalent sur- tout les inconvénients qui naissaient de la législation de 1771, taudis que la ville de Bruges, le pays de Waes, Bou- chante et Bornhem se prononcent pour la liberté de la circulation et de la vente.

A leur réunion du 4 septembre, les députés des États décident de communiquer ces derniers avis à toutes les administrations en attirant leur attention sur des projets qui leur avaient été soumis pour assurer l'approvisionne- ment et le bas prix des grains. Le 7, ils répondent à Trauttmansdorff, le tranquillisant quant aux accapare- ments qu'il redoutait (') et l'avisant que les opinions sont partagées.

Pendant qu'une nouvelle consultation avait lieu, le conseiller fiscal baron d'Haveskerke, adressa successive- ment au Conseil Royal du Gouvernement des plaintes qu'il avait reçues sur les formalités tracassières exigées dans la lieue de la frontière «qui prennent beaucoup de tems aux païsans qui dans le moment de la récolte leur est si

(^) « Il parait se vérifier qu'effecti veinent ces achats sur pied ont y> eu lieu eu quelques endroits, notamment dans le district du Vieux » Bourg de (iand et dans celui du Métier d'Asseuede, mais ils n'ont pas été aussi générale (sic) ni en aussi grand nombre comme ou >) les avait envisagés. » (États de Flandre, n" 998.)

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précieux. » Ces formalités étaient deveunes d'autant moins nécessaires que le prix du blé en Fi'ance était inférieur à celui de la Flandre (^). Les députés partagèrent l'avis du fiscal et en informèrent le Gouvernement (^).

Les opinions restèrent divisées : le clergé de Bruges, celui de Gand, les villes de Gand, de Courtrai, de îsinove (^), le Vieux Bourg de Gand, la ville et le pays de Termonde, Assenede, sont partisans du renouvellement de redit de 1771. Bruges veut attendie que les marchés soient devenus plus stables. Le pays du Franc et la chatel- lenie d'Audenarde estiment que, dans les conjonctures troublées du moment, on ne peut s'ai'rêter à une législa- tion définitive (*), mais sont favorables à la liberté. La

(1; 28 août et 3 septembre. Etats de Flandre « Eutretems et par » provisiou, jai fait cesser les précautions sngerées depuis et qui y> n'étuient pas coni])rises dans cet edit excepté le cordon qui est )) formé sur les frontières par les ^^ardes des ])aïs sous l'inspection » d'un commissaire établi par les juridictions respectives. » 6 octobre Conseil du gouvex'nement général, reg 199.

(2j i5 septembre : Etats de Flandre, 998 et 6 octobre, Conseil du gouvernement général, reg. 19g, loi. i^[).

(3) Ninove donne un avis longuement motivé ; elle proclame que l'agriculture est la source de tout négoce, (pie linterèt général est de la favoriser, et qu'à la liberté du commerce est attaché le boulieui* de l'Etat. Elle se prononce cependant eu faveur de l'édit de 1771 car c'est la meilleure façon de niveler les prix et de les connaître.

(•*j La chatellenie d'Audeuarde signale que la mesure i)roposée par Gand de permettre la sortie, quand le ])rix descend à un taux déterminé, ressemble au système anglais dont elle a indiqué les défauts dans un mémoire remis aux dé2)utés en 1782. Ces deux administrations sont d'accord pour admettre que la i^roduction annuelle des Pays Bas dépasse de beaucoup leur consommation. L'avis continue en ces termes : « Hieruyt volght dat d'observantie gemaekt by den heer Necker in syn tractaet teu jaere 1770 u\ tge- geven sur la législation et le commerce des grains en geconfirmeert door by naer aile den publicisten maer al te waer is, te wclen « que ce n'est (pie i)ar l'effet d'une ojfinion ])ublique vague et peu déter- minée (pie le j)euple est in(piiet ou trancpiille sur la provision des

chatellenie de Com-trai, le pays de Waes, les ville et métier de Boncliaute, le pays de Boriihem sont nettement partisans de la libre circulation et s'opi)osent à la remise en vigueur de l'édit de 1771 ('). Les magistrats du pays de Waes s'appuient sur l'expérience qui montre qu'après des périodes de panique, de grandes quantités de blé ancien reparaissent sur les marchés. Ils invoquent les considé- rations de l'édit perpétuel du 11 décembre 1786 et diverses publications françaises (^).

Le 8 octobre, les députés donnèrent connaissance au Conseil du résultat provincial. Ils rappellent que « le » public attribue la cherté présente à des spéculations de )) commerce » et ils admettent avec lui a qu'il est des gens » qui courent la campagne achetant des grains en grande » quantité chez les fermiers lesquels dans la certitude de » trouver la commodité de vendre cette denrée chez eux, » ne se pressent pas de garnir » les marchés publics.

Ils supplient donc Joseph II « d'ordonner à tous pro- » priétaires, fermiers, laboureurs et autres qui ont des

grains répandus dans le roiaume et celte opinion est le fruit de l'imagination autant que de la raison. » Tis deze opinie soo hy voor den aontlioont die uieer werckt op de hooghde of leeghde van den ])rijs der graenen al wel de rede '^ehaersheyt, even gelijk een aeustaende i)eryckel nieer of min werckt op liet gemoet van den menscli niet maer even maete dat het groot of kleyn in sijn selven is maer in advenante dat iiet op liet genoed indruck doet ». Si le public connaissait l'excédent de la production on n'aurait pas à redouter cette opinion vague. La cliatellenie présente un i)rojet de règlement impliquant la libre circulation intérieure. Le i)assage cité de Xecker se lit au chap. II de la 2™^ partie du traité (Œuvres complètes, édition de Stail. t. I, p. i65).

(^) C'est du vieux neuf, dit Bornhem.

(2) Notamment. l'Avis au peuple sur les premiers besoins on petits traités oeconomiqnes (sic) et L'intérêt général de l'Etat, ou la liberté du commerce des grains. Il s'agit des traités de l'abbé Bourdeau (Avis au peuple sur son premier besoin, Paris 17G8) et de Mercier de la Kivière (Amsterdam et Paris, 1770).

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» grains à vendre, de les apporter- aux marchés publics et » autorisés, faisant très expresses inhibitions et défenses w tant à eux qu'à tous n)archands, facteurs et autres, d'en » acheter ou d'en vendre ailleurs (pi'aux dits marchés et » point d'autres grains que ceux qui y auront été réelle- » ment exposés, à peine de confiscation et autres com- » minées par l'ordonnance du 7 novembre 1771 ».

Les députés ajoutaient avec assez de naïveté, que i)lu- sieurs d'entre eux doutaient que le renouvellement de cette ordonnance ]>rocurât a la diminution du prix des » grains pai- une plus abondante circulation aux marchés » publics )) mais qu'il aurait, tout au moins pour effet de contentei' l'opinion publique.

A les eu croire, celle-ci se montrait sceptique quant au maintien de la prohibition d'exporter, qui i)Ouvait être facilement tournée par les autorisations particulières.

(vCtte rej)i'ésentati()n fut suivie; d'une coiil'érence à liriixelles à laquelle le bourgmestrede Biuges, Co])pieters, et le conseiller actuaire d'Hoop furent ai)pelés. L'accueil reçu doit avoir été peu encourageant, car le 17 octobre, 'les députés, invoquant l'urgence « de contentei- l'opinion publique », in^-istaient ])()ui'Ma ])rom])le émanation de l'édit. TrautUnansclorlf leui- répondit qu'il avait examiné leur requête mais « comme il se pourrait que le i)i-éjiigé général « soit le seul motif » (jui les y ait déterminés, la matière étant délicate, il leur envoya une « Note d'observations retraçant les inconnéniens résnltnns de cet lùlit (de iy"j). » Il leur demandait de les bien peser et de s'expliejuer à nouveau sur cet objet. Réjjondant à l'insinuation que le gouvernement ]){)uri-ait bien ne pas maintenir la défense d'exportation, il i)rit un ton très laide pour (;x})rimer son mécontentement de ce cpi'on se })ermettait de douter de ses intentions (').

(') Etats (le Flandio, 11" O'jB-

'-^9

La note i'» en question est un long mémoire le Ministre se révèle analyste très perspicace et partisan déterminé de la liberté économique {^).

Il commence par rappeler brièvement la situation que créait l'éditde 1771 et ajoute :

(c II 3' a dans les tems de liberté quatre moyens qui pour- » voient à l'approvisionnement de la plupart des villes :

» L'apport qu'en font spontanément les cultivateurs )i des enviions de chaque ville pour le vendre au marché ;

» La faculté qu'ont les boulangers, les meuniers ou )) fariniers, les brasseurs et les grosses communautés ou » ménage, d'aller acheter eux-mêmes au plat pays, les )) gi-ains dont ils ont besoin pour leur propre approvi- )) sionnement, sans être réduits à acheter au marché ;

)) 3" Les blatiers, gens qui sans faire d'emmagasinement » intei'médiaire vont acheter les grains dans les cantons » les plus éloignés des grandes villes et des grands mar- » chés et les transportent par des charettes et des chevaux » de somme, pour les vendre dans les villes du canton •>■> les prix sont plus hauts, en concurrence avec les )) fermiers des environs ;

1) Les marchands de grains en gros qui achètent les » grains aux marchés ou au plat pays, et les emmagasinent » non-seulement pour les revendre dans la ville de leur » résidence, mais aussi pour les transpoi'ter de cette )) ville-là à une autre la cherté sera plus grande que )) dans les cantons les achats ont été faits. »

(1) Etats de Flandre, 998.

(2j II est intéressant de signaler ici l'opinion qu'en août 17S7 le comte de Belgiojoso exprimait sur Trauttmansdorff, alors âgé de 38 ans, qui venait d'être désigné pour lui succéder : « Il n'a ni grands talents, ni aucune idée des affaires de gouvernement, moins encore de commerce, navigation, économie politique, etc. » Belgiojoso à Crum])ipen, 18 aoùti787, dans H. Hchiafter, Briefe iind Denkschriften zur Vorgeschichte der Belgischen Révolution, Vienne, 1900, p. 3G.

3o

(c La concurrence de ces quatre moyens qui s'emploient » indifféremment selon les lieux et les circonstances des )) tems n'est-elle pas nécessaire pour amener à la fois » l'activité de la circulation et le meilleur marché » possible ?

» Si on détruit cette concurrence de moj^ens, cette » destruction ne doit-elle pas opérer les effets contraires » et les plus fâcheux ? «

Telles sont les questions que Trauttmansdorff examine et se propose de résoudre.

Il commence par écarter de son examen la période qui suit immédiatement la récolte, car, à ce moment, quelle que soit la législation en vigueur, on est assuré d'un approvi- sionnement facile, les villages aj^ant tous plus qu'il ne leur faut et ceux à proximité des grandes villes y envoyant tout naturellement leur excédent. Cette période peut durer deux ou trois mois. Il faut donc se placer à un moment postérieur, a quand les cantons les moins fertiles du plat y> pays devront manger des grains d'un autre canton à une j) journée ou plus de distance, quand chaque ville considé- » rable aura épuisé à peu près les grains des villages » circonvoisins, dont les fermiers sont à portée de fré- » queuter les marchés. » *

Trauttmansdorff pose deux grands principes et les applique immédiatement au régime créé par l'édit de 1771.

(c Ce n'est pas augmenter la circulation que de la » détruire partout ailleurs qu'aux marchés publics.

» Ce n'est pas non plus de la quantité de grains qui se » trouve à un marché que dépend le i)rix et la tranquillité » des consommateurs ; c'est la proportion qui se trouve » entre les acheteurs et les vendeurs. Or, l'effet de )) l'ordonnance de 1771, si elle avait eu une exécution bien » réelle et que la position auroit été telle qu'à présent, » devroit naturellement être de diminuer aux marchés la » concurrence des vendeurs de diverses classes et d'y » augmenter de beaucoup le nombre des acheteurs.

àl

» Ce mal seroit surtout très grand dans les villes (|ui )) ont dans leur voisinage un canton peu fertile et fort » peuplé d'ouvriers. Alors ces paysans (^ui ne peuvent » aller eux-nienies clierclier de petites quantités de grains » dans un canton plus abondant pour leur consommation » courante, viendront en foule aux marcliés de la ville )) voisine disputer aux bourgeois les grains qui se trou- » veront à vendre et dès qu'il y auroit un jour de nmrclié » insuffisamment garni, voilà une multitude de gens » assemblés, de la ville et de la campagne, portés aux » querelles séditieuses. Le moindre mal seroit que chacun, » citadin et paysan, ne voulant pas s'en retourner sans » grains, mettront l'enchère ; que les fermiers vendeurs » hausseront le prix et voilà do quoi faire monter subite- » ment les grains à un taux excessif auquel il reste )) ensuite.

w II paraît que la maxime inverse résultante de la )) liberté, savoir, de laisser subsister la plus grande con- » currence de vendeurs et d'ameuter le moins d'acheteurs » pressés, qu'il est possible, dans un même lieu et un M môme jour, est plus convenable pour la modération des » prix et la trauquillité.

» Ainsi, outre que les dispositions de 1771 paraissent >) d'api'ès cela nuisibles plus qu'utiles aux citadins, elles » sont de nature à fâcher à la fois des fermiers de contrées )) fertiles et les paj^sans et ouvriers des cantons qui ont M besoin d'acheter, m

Après ces considérations générales, Trauttmansdorff examine les effets de la législation de 1771 sur les quatre moyens, qu'il a relevés au début de son mémoire, d'ali- mentei- une ville.

En ce qui concerne « l'apport que font spontanément les » cultivateurs des environs de chaque ville », il distingue entre les villes suivant qu'elles sont ou ne sont pas « au » milieu d'un circuit assez fertile pour servir à leur con- )) sommation de toute l'année » ; les premières sont rares

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et il leur est nssez indifférent qu'on puisse vendre ailleurs qu'au marché, « cependant, même à leur égard, les fer- « niiers du district, faciles de n'avoir pas la liberté de » vendre chez eux, certains qu'ils n'ont pas de concurrence r, par le commerce, et pour la plupart peu pressés de y> vendre, à cause du haut prix qu'ils ont eu de leurs den- » rées, ont plus beau jeu à tenir ferme sur le prix; et » quand il fera en hyver de grandes neiges, des dégels qui » tiendront les barrières fermées et les chemins de terre » impraticables, s'il se trouve un petit nombre de fermiers » à deux marchés de suite, ils seront assez avisés pour ■>•> hausser subitement les prix jusqu'au point le plus » fâcheux : peut-on abandonner la subsistance des grandes » villes au contretems de la saison, au caprice ou aux » combinaisons d'intérêts de fermiers du A'oisinage? »

L'inconvénient devient plus sensible pour les villes dont les environs immédiats ne sont i)as très fertiles et elles sont la majorité. « Si on défendoit l'achat des grains au » plat pays, il ne faut pas du tout s'attendre qu'à défaut » d'acheteurs les fermiers des villages dont par l'éloigne- » ment on n'est pas habitué à venir dans cette ville-là, » négligeront leurs travaux et abîmeront leur attelages » pour être deux ou trois jours dans les neiges ou dans » des chemins rompus. Xon : sans doute ils resteront chez w eux, battront leurs grains à leur aise et attendront le )) prix du pi'intems. »

La défense sollicitée, loin d'être favorable aux villes, ne pourvoirait pas à leur approvisionnement, « bien des » petites villes, des bourgs populeux, des cantons peuplés )) <r()uvrit'rs (|ui ont peu de terre arable, éprouveraient » l'insuffisance et les effets fâcheux de cette mesure ».

Quant aux grands consommateurs, boulangers, meu- niers, brasseurs et grosses communautés, s'il leur est interdit d'acheter hors du marché, c'est les réduire « à » n'acheter (pi'au hasard à un marché bien ou mal garni ». Sans compter qu'il y a de la dureté et une cause de

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souffrance pour les auti-es, exposés à une disette, il ne faut pas perdre de vue que « si les plus gros consonima- » teurs d'une ville se pourvoient pai- eux-mêmes au plus » bas prix possible, les acheteurs au détail seront plus » aisément satisfaits an marché : la plus forte concurrence « en sera absente. » Même, si l'on doit restaurer les anciennes dispositions, il faudra en exempter ces gros acheteurs.

En ce qui concerne les blatiers, Trauttmansdorff est bref; il constate que l'ordonnance de 1771 détruit leur commerce. Or, « cette espèce de commerce se fait dans )) une grande partie du pays wallon ; toute l'Ardenne ne » reçoit du froment et de 1 epeautre que par ce mo3'en. » La liberté de ce commerce est donc indispensable, si l'on veut empocher des disettes locales. C'est en toute h^'^po- thèse, une seconde exception qui s'impose.

Reste la quatrième source de l'alimentation urbaine, le commerce des marchands en gros, à l'égard desquels l'opinion publique était toujours mal disposée. Trautt- mansdorff sent combien ici sa thèse est délicate.

(c La première question qui se présente à leur égard est » de savoir si on peut se passer d'eux ?

» Peut-on sans eux faire circuler les grains des endroits » abondans dans les endroits qui en manqueront après •>■> l'h}' ver ?

)) les magistrats se chargeront-ils de cette circula- » tion ? Ce commerce par des administrations serait-il » praticable? Comment se feraient les achats dans un » endroit, les transports, les emménagements et les » reventes? Outre les pertes et les délais pour les caisses >) municipales, ce serait prêter aux calomnies des méchans » et aux murmures du peuple, il semble que ce n'est qu'à » la dernière extrémité quon peut avoir recours à une » telle opération, comme on a été forcé de le faire en » dernier lieu , avec néanmoins toute la circonspection « possible.

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» 11 faut donc des marchauds de grains dans l'intervalle » de rautoiune au printemps et à l'été suivants, qui est le » teins leur concurrence se trouve indispensable pour )) l'ournir aux marchés des grandes villes, surtout pendant » que les fermiers et leurs attelages sont occuppés anx » travaux de l'agriculture et de la récolte.

» Mais ceux qui s'élèvent avec préjugé violent contre » les marchands de grains voudraient qu'ils puissent » vendre au printemps et qu'ils n'achetassent pas en M automne.

)) S'il est vrai qu'on ne peut se passer des marchands de » gi-ains, s'il est à souhaiter qu'ils vendent au priatems » et en été an meilleur nmi'ché possible et qu'il soulagent )) au meilleur marché possible les autres villes qui auront )) besoin de pains il serait inconcevable de les empêcher » de faire leurs achats au meilleur marché possible. Ce » sei'ait vouloir la chose et refuser les moyens.

» Les partisans de l'édit de 1771 objecteront qu'en » défendant aux marchands d'acheter au plat pays, il leur » reste de se pourvoir aux marchés.

» Mais c'est bien ici que l'insuffisance de nos anciennes

» lois se manifeste encore.

» » En forçant les marchands de grains d'acheter unique-

» ment aux marchés publics, si cela même, en augmentant » la concurrencée et l'empressement des acheteuis ne » faisait pas renchérir les grains, on a cru parer à l'incon- » véiii(int pai- la règle presque généralement usitée, que » les bourgeois ont la première heure du marché, les » boulangers, brasseurs, meuniers ia seconde et que les » marchands n'y peuvent venir que quand les autres sont » pourvus cela est très beau dans la théorie et à peu près » sans effet lécl dans la i)ra tique. »

Ti'aut tmansdorff va plus loin, il estime que si les mar- chands xeiilcnt acheter bon marché et, revendre cher, l'obligation pour les fermiers de ne leur vendre qu'aux

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marelles est de nature à rendre plus commode le prétendu monopole des marchands.

« Supposons qu'à la mi-novembre, le froment soit à » douze escalins et qu'ils veulent l'avoir à onze. Ils atten- » dront un marché il soit venu plus de fermiers qu'il » u'j^ a d'acheteurs bourgeois , boulangers et autres : )) ceux-ci auront donné douze escalins ; eux partis, les » marchands n'en offriront que dix en disant aux fermiers )) qu'ils peuvent reporter leurs grains chez eux, ou les )) laisser en ville, mais qu'eux, marchands ne peuvent s'en )) accommoder à plus haut prix.

» S'ils tiennent bon, et avec ce concert qu'on dit régner » entre eux, certainement, ils parviendront à avoir les )) grains à onze escalins à ce marché et aux suivans.

» Supposé ensuite qu'au mois d'avril suivant, les )) fermiers demandent quatorze escalins, et que les )) bourgeois et boulangers, meuniers, etc., disputent pour » l'avoir à treize ; quand il en sera resté quelques » parties pour l'heure des marchands, ils prendront les )) fermiers au premier mot à quatorze escalins, et si )) quelqu'un de ceux-ci en demande quinze, les marchands » les donneront, en affectant de trouver le grain plus » beau que l'autre acheté à quatorze.

En voilà assez pour progressivement eu deux ou trois )) marchés faire monter le froment à seize escalins ou plus » à l'égard de tout le monde. D'ailleurs cette tournure de )> choses serait défavorable aux petits cultivateurs et » fermiers qui sont communément obligés de vendre leurs )) grains avant l'hyver pour payer leurs baux et pourvoir à » leurs autres besoins, tandis que les gros fermiers et » grands propriétaires attendroient le tems du haut prix » au printems, au lieu d'nmener en automne et en hyver )) leurs grains aux marchés des villes. «

La liberté d'acheter au village vaut donc mieux que l'obligation de n'acheter qu'en ville.

Cependant Trauttmansdorff ne conclut jias complète-

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ment en faveur d'une liberté absolue. « La seule manœuvre » nuisible est l'achat qne feioient les marchands de gi-ains » an plat pays, pour les y laisser à leur compte et les » empêcher de venir au marché ou d'accaparer les grains n sur les routes on hors des portes des villes pour les faire » conduire immédiatement chez eux. :>j

Le ministre penche en faveur de l'obligation imposée aux niari-hands de conduire en tout premier lieu en ville les grains achetés chez les fermiers, sous la surveillance des magistrats.

a Serait-il possible d'arranger en conséquence l'annul- » lation des marchés déjà faits? C'est sur quoi il échoit de » délibérer. »

Les députés des Etats, se rappelant les divergences de vues des divers corps de la province et pour satisfaire à la demande du ministre firent im})rimer leur lettre du 8 octobre, la réponse de Trauttmansdoi-ff et la note doc- trinale qui raccompagnait. Ils les firent distribuei' aux différentes administrations en leur demandant leur opinion (') .

Il est curieux de relever l'accueil que rencontra ce mémoire si précis sur une question aussi complexe. Les clergés de Bruges et de Gaud se bornent, en une ligne et sans discussion, à déclarer qu'ils persistent dans leur opinion antérieure. Le Franc de Bruges et la ville de Courtrai conclurent comme le ministre, mais le premier, à raison des circonstances et la deuxième parce qu'elle est entouiée de villages qui sont abondamment pourvus de grains (jui l'alimentent. La chàtellenie de Courtrai ti-ouve dans la note du ministre la confirmation de son opinion, tandis que celle d'Audenarde se borne à renvoyer à son avis, très détaillé, du reste, émis un mois auparavant. Quant au Vieux Boui-g de Gand, rien d'étonnant à ce qu'il

(') ij) ()ct()l)re 178.1). Ktats de Flaïuh'e. reg. 9<)H. Archives do l'État à naiHl.

affirme que les inconvénients signalés par Tranttmans- dorff ne se rencontrent pas en Flandre, à raison du nombre de marchés autorisés auxquels les populations rurales peusent se rendre sans grand déplacement. Le pays de Waes donna, par contre, une pleine adhésion aux raisons de la note , il y vit la preuve de la nécessité de supi)rimer toute enti-ave à la circulation et à la vente des grains. Il renforce même la thèse de Trauttmansdorff et de Joseph II en signalant que l'obligation prévue à Tédit du 7 novembre n'assure pas l'alimentation des marchés, car l'exportation vers le Brabant et les autres provinces est permise et suffit pour attirer le commerce des céréales.

Au moment il fut consulté, le pays de Termonde était plein d'inquiétude causée par la circcnistauce que de nom- breux bateaux arrivés chargés de chaux, de charbons, etc., repartaient avec un chargement de grains, vers le Haut Escaut, eu amont de Gand. Les quantités étaient telles que visiblement il ne s'agissait pas d'assurer la subsis- tance des Hennuj^ers et des Tournaisiens, mais de faire de l'exportation. En conséqueiu'e, ses magistrats consi- dèrent qu'il faut republier l'édit de 1771, ou tout au moins défendre le transport par bateau sur le Haut Escaut au-delà de Gand.

Bouchante continue à voir beaucoup d'inconvénients à la mesure proposée dont il reste adversaire. Assenede est d'avis contraire, sauf à siniplil'ier les formalités ; enfin Bornhem, sans revenir à la législation de 177 1, voulait qu'à chaque vente conclue en ville ou au plat pays, les autorités délivrassent une quittance spécifiant notamment la desti- nation et que les autorités du lieu de destination en remissent une autre à produire dans un certain délai.

Ces diverses opinions furent exprimées à la fin du mois d'octobre ou dans les premiers jours de novembre, (^uand elles arrivèrent à Gand, cette dernière ville et toute la Flandre étaient abandonnées par les troupes autrichiennes et les Etats étaient momentanément maîtres de la province.

Le triomphe de la Révolution brabaneonue amena le retour aux anciens eri-ements réglementaires en cette matière.

Le 22 janvier 1790, les Etats de Brabaut rétablissent les princij)ales dispositions de l'édit du 7 novembre 1771 : obligation pour tout propriétaire de grains de les apporter aux marelles publics, défense d'en aclieter ou d'en vendre ailleurs ni d'autres que ceux qui y sont exposés, sous peine de confiscation et d'une amende de 10 florins; an plat pays, vente permise uniquement aux voisins pour leur consommation personnelle avec obligation de trans- porter le blé acheté sur le dos ou la tète ; nullité de tous conti'ats antérieurs contraires à la nouvelle ordon- nance (').

Peu de jours après, les Etats jugèrent nécessaire de réunir en un seul règlement toutes les dispositions sur la matière et leur règlement du 3o janvier 1790 défendit toute exportation, confirma l'édit du 22 janvier et rétablit toutes les dispositions antérieures relatives à la circulation des grains dans la lieue des frontières; il les renforça même notamment par des entraves apportées à la mouture des grains et par des formalités de contrôle et de sur- veillance (■').

Ces prescriptions furent encore renforcées par la décla- ration du 9 mal"s suivant qui exigea, pour toute vente au plat pays dans l'étendue d'une lieue, des acl^eteurs ou ven- deurs la déclaration éci'ite du curé eu du i)lns ancien éclievin de leur domicile, indi([uant le nom des vendeur et acheteur, comme aussi la ((uantité et la qualité des céréales vendues (^).

(•j Art-liives ^l'iiérales du Uoyauine. Coll. i -folio, t. XXIV. ('-') Ibidem. (3) Ibiih'iii.

- 09 -

Dans la province de Xamur, les Etats défendirent l'exportation vers la province de Luxembourg, de grains, denrées, chevaux et fourrages, dans le but, il est vrai, d'en enipêclier l'usage par les troupes autrichiennes. En même temps, ils défendirent toute exportation vers l'étranger (28 janvier 1790).

Cette ordonnance fut rendue applicable aux céréales qui ne faisaient que transiter ])ar la dite province (21 mars 1790) (').

La Restauration autrichienne laissa subsister la légis- lation qu'elle trouva en vigueur. Cependant elle eut bientôt une tendance à l'adoucir. Déjà par résolution du 27 avril 1791, les Etats de West-Elandre augmentèrent la quantité de grain qui pouvait circuler librement le long- dès frontières (^) et le 16 mai suivant, une déclaration de l'Empereur et E-oi révoqua l'édit du 4 avril T789 qui avait rétabli le régime ancien dans la distance d'une lieue de la frontière et ne laissa subsister que la prohibition d'ex- porter les grains, rappelée par la déclaration du 16 mars 1789, niois non les farines qui pouvaient désormais sortir par tous les départements moj^ennant paj^ement des droits 1^). Il ne fut porté atteinte à cette dernière liberté que par une ordonnance du Conseil des finances, en date du 28 avril 1792 (■*>, qui défendit à partir du 10 mai la sortie des farines par les ports d'Ostende et de Xieux)ort.

Chose curieuse, nous constatons vers l'été de l'année 1791 un mouvement bien marqué en Flandre en faveur de la libre exportation des grains. Sur demande d'un grand nombre d'administrations, les députés des Etats trans- mettent au gouvernement un vœu en ce sens(i8 juin 1791). Les gouverneurs répondent que les cii-constances ne i^er-

(') Archives générales du Rojaume. Coll. imp., in-folio t. XXIV.

(2) Ibidem.

{^) Ibidem et Chambre des Comi)tes, reg. n" 69, fol. iS^o.

{■*) Chambre des Comptes, reg. 69, fol. 84^0.

- 4o -

mettent pas encore pareille mesure et demandent des ren- seignements sur l'état de la récolte (29 juin et 8 août). Ils ne les obtinrent que vers la fin octobre (').

* * *

Il a paru intéressant de compléter cet exposé de théories et de législation en matière annonaire par quelques chiffres indiquant, pour l'époque envisagée, les mouve- ments d'importation, d'exportation et de transit des céi"éales et aliments assimilés.

Malheureusement les données statistiques que nous a laissées l'ancien régime sont fragmentaires i^i et int-er- taines. On ignore comment elles sont dressées i^).

Tels qu'ils sont, les relevés généraux que faisait dresser tous les ans le Conseil des finances, peuvent nous fournir de suffisantes données statistiques.

Nous en extrayons pour les cinq années 1784, 1780, 1786, 1790 et 1791 (^), les chiffres suivants :

(') Etats de Flandre, reg. g()S. Archives de l'Etat, à Gaiid

(2j La collection des Relevés géiiérmix des inurchundises uianu- fucliirées et denrées entrées, sorties et transitées par les 21 départe- ments des Pays-Bas Autrichiens, ne renferment plus les relevés des années 1778 à 1783 inclus, 1787, 1788 et 1789.

(3) Notamment si les mesures portant la même dénomination mais variant d'une localité à l'autre ont été réduites à une mesure coni- nume. Cf. (i. liiGWOOD, Xotes sur les mesures n blé dans les anciens Pays-Bas, igoS.

(■•j Conseil des Finances, n" ûao et ss. Les années 1700 et 1791 sont des années de compte : elles commencent au !<■' novembre de l'année précédente. Les départements de Iluremonde et de Navagne n'y sont pas comi)ris, sauf le poste de dieratte, comjjris dans celui de Hervé. En fait, cette omission est sans imi)orlanco, à raison des abonnements en vigueur dans la (Jueldre.

Cf. ii. BkîWOOI), Les iinjiàts frénérau.s dans les Pays-Bas autri- chiens, p. -2^0.

1784

- 4i -

1785

1786

1790

1791

i

Entrée

2.672.874 2.597.224

2.560.430 2.388.660 3.896.336

Riz

)

Sortie

45.010

17.177

38.857

15 041

22.743

(en livres

1

Transit

277.717

385.379

413.942

488.374

651.047

Lentilles <en livres)

\ (

Entrée Sortie Transit

5.485 4.634

1.758

1 .559

286

1.047

1.033 214

1.000

347

0

367

456 143

277

Millet eu livres)

1

Entrée Sortie Transit

59.833

1.213

15.717

75.696 V-i 954 6.531

61.364 114

6.579

29 760

0

2.490

349.465

60

1.891

Orge

1

\ 1

Entrée

57.358

36.816

81.952

51.526

46.966

nn\é et perlé

Sortie

2.056

6.366

5.157

123

1 180

(en livres)

Transit

7.157

2.070

7.464

1.416

1.900

Froment len lastsj

\ 1

Entrée Sortie Transit

1.012 i/s 5.855 3/4

585 1/20

305 3/^

4.065

391 Va

1.112 5/g

14.852 2/3

273 1/4

463 V12 261 1/4 539 5/12

911 3/8

271

.276=/6

\

1

Entrée

989

864 '/4

1 .507 1/.2

733 3/4

706 >/4

Seigle eu lastsi

Sortie Transit

5.392 '/4 320 3/,

771 !/■• 504 s/u

29 990 Vu

510 11 /.24

122 ^/4

290 7'i2

158 1/2 119 V..

e ou soucriou

(enlasts)

\ 1

Entrée Sortie Transit

1.619 5/l2

97 3/, 353/4

504 2/:; 184 '-!,, 28

1.142 ^^; 814 3/., 126

854 'h 229 13/,^

69 l'/24

1.0191/6

223 2/3

58 1/3

Epeautre (eu lasts)

\

Entrée Sortie Transit

307 '/12 132 "/.,4 ■^08 1/3

178

1123/4

180

126 5/0 363 1/:! 152 i/.J

01 "/24

35 15/24 135 V12

98 5/6

69

186 3/4

Bouquette «n lasts)

1

Entrée Sortie Transit

431 V">

177 5/,., 205 1/0

20>'/i2

7

IV2

Î9V2

418 5/., 1

20 1/3

|51 >/6

2^/12

12 H/j,

292/3

I7l2

Métillou (en lastsi

\ 1

Entrée Sortie Transit

13 s^/,20 31 2/3 2 ''ks

9^12 1^/8

45/6

38 l'/24

13 2/:j 51/3

6

1^/4

9 V.2

1

7l2

ais à brasser (en lastsi

Entrée Sortie Transit

66 7/8

1^/8 193/4

331/5 1

9

451/2 5 1/2 131/2

58 3/4 32/3 25 i/e

131 l'/iî

1

33/4

42

1784

1785

1786

1790

Avoine (en lasts)

Pois (eu lasts)

Fèves

(en lasts)

Favelottes (en lasts)

Vèclies {en lastS)

(Ji'iiins mêlés vn lasts)

lariuu (cn tonnci

Son lie farine (en valeur^

l'iiiu (1l' farine icn xah'iir

Entrée Sortie Transit

Entrée Sortie Transit

Entrée

Sortie

Transit

Entrée

Sortie

Transit

Entrée

Sortie

Transit

Entrée

Sortie

Transit

Entrée

Sortie

Transit

Entrée

Sortie

Transit

Entrée

Sortie

Transit

Entrée

513 1/2 250 "■'/go 424 3/6

13 '/s

19 -Vf.

9-/3

10 i'/i2 62 i/i

2 *Vl2

97 1/2

112 5/,2

67 Vs

10 3/,

2 1/2 43/4

38 V4

109 ''..

313 ^3;,8

645 V2 S. 433 "li 56 '"m

671 11.

110 n. 44 11.

609 V12

533/3

471 Vg

53/4

2 1/4

7 -/s

1 '/4

0

3 2/.-!

13 Vi

V2

15 1/2

2 3/8 6-/2.

32 'ix-: 422 329 1,2

540 Vr. 2.910 ", 73

389 n. 21 n.

6 11.

1.327 3/, 368 11/12 614

6V3

27 3/,

5V2

12 Vi-- 38 ?/g

33/4

63 1/3

197 5/6

10 •^/40

(■) 1/fi

1 7.1

9001/04 1.(560'

17 V2 (

150 5/,., 1:

" "/(■. 366 Ô71 ',.,

720 11/,, 7.713 3/, 5!» 1/4

476 fl. 17 11.

:. n.

•^.(ill 11. 3.153 fl. 5.1(;i 11. 1.535 fl. 3.412 fl. 3.33-1 fl.

60 n. !I5 11. 747 11.

(•liiins cn j^erhi-s l d»! toute csiieoe Sortie I. n c'Iiar.'eK | Transit

855 ^V, J53 1/4 .396 1'..

341 •/,, 345 i/,o

(\9 1 4 124 î'/io

158 i/i 143'/..

8 '/lî '/12 6 1/g

34 5/,s 14 1/2

2 \',2

58 s/g 193 Vs

3 ^«/24 18 '/3

1

4 '/g

208 2/.,

24 1/3

452 -"/G

464 2/3 1.514 -'s

252 11/12

167 11.

18 n.

(• n.

1.6ir. (1.

2. 854 11.

376 H.

1 20 1/.2 11 10

- 43 -

Ces chiffres appellent quelques brèves observations.

Ce qui frappe tout d'abord, c'est leur faiblesse. Les quantités sont en général, tant à l'entrée qu'à la sortie, minimes, si l'on excepte le riz que notre pays ne produit pas. La presque totalité de la production nationale est consommée dans le pays et suffit pour alimenter la ]iopu- lation (').

Si à cet égard, nous considérons particulièrement le fro- mentetleseigle, noiisrelevons de faibles importations etdes exportations relativement importantes pendant des années normales, et nulles pendant les deux dernières, période de crise, de bouleversement politique et d'insécurité.

Le deuxième trait caractéristique consiste dans les variations extrêmes des chiffres, spécialement de ceux de l'exportation et du transit. Ici, c'est la législation qui explique le phénomène. Les chiffres élevés de l'exportation du froment et du seigle en 1786 s'expliquent par ce fait que dès la fin de l'année précédente (26 novembre 1785) pour le premier et dans le courant de cette année pour le deuxième, la sortie fut libre. Le soucrion, l'épeautre, la bouquette et l'avoine présentent aussi un relèvement à la sortie due à la même cause. Par contre, les deux dernières années considérées sont des périodes de prohibition et les quantités exportées sont ramenées à peu de chose. Quant

(1) Cette constatation est confirmée par les renseignements statis- tiques envoyés le 21 octobre i^jj! par les députés des Etats de Flandre aux Gouverneurs, sur l'état des récoltes en Flandre. Tout en faisant de prudentes réserves sur lexactitude des chiffres fournis, ils ajoutent ([u'on était daccord que les grains « excèdent » de beaucoup le nécessaire à la consommation nonobstant l'aug- » mentation des troupes de Sa Majesté IP'mpereur et des français » émigrés qui auroient i)u ai)porter quelques changements ». Le tableau porte que la récolte de 1791 s'élève à i.5ii,363 sacs, qu'il restait en magasins des l'écoltes antérieures, 2(Jo.255 sacs, ce qui donne un total de 1.771.(518 sacs pour une consommation de 1.218.701 sacs. (Etats de Flandre, n" <)()8.)

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aux farines , l'augmentation sensible de l'exportation de 1791 sur celle de l'année précédente s'explique par la liberté de sortie accordée le 16 mai 1790.

Si maintenant nous voulons pénétrer quelque peu dans le détail et rechercher les départements par s'effec- tuaient généralement l'entrée et la sortie, nous pouvons faire quelques constatations intéressantes.

Le froment et le seigle sont principalement importés par le département de Hervé ; puis viennent les départements de Tournai, Chimai, Namur et Tirlemont. Quant à la sortie, quand elle est tolérée ou permise, elle s'effectue presque exclusivement par les départements septentrio- naux, Bruxelles, Ostende, Anvers, Bruges.

C'est dans les provinces wallonnes et le Luxembourg, que se concentre le commerce international de l'épeautre et de l'avoine

Comme il se comprend, le riz pénètre en Belgique par les départements de Bruxelles, Anvers, Gand, Bruges et Ostende ; il en sort surtout par Bruxelles. Anver.s et à un moindre degré, Luxembourg.

L'introduction des farines s'effectue d'une façon sensi- blement la même par tous les départements, mais l'expor- tation se fit surtout par Bruxelles et les départements flamands.

Marche, Hervé, Chimai sont ceux l'on importe le plus de pains de farine, et Namar, Tirlemont , Saint- Nicolas sont ceux d'où l'on les exporte. La situation géogra- phique de ces départements expliquent leur prédominance

respective.

G. BIGWOOT).

LETAT DES ETUDES TOPONYMIQ_UES EN BELGIQUE

I. A diverses reprises, dans les iiitroductious de leurs travaux de toponymie, nos auteurs ont jugé bon de démontrer l'utilité de cette science encore neuve et d'en j-appeler les antécédents. En coordonnant ces notes frag- mentaires, il serait facile de composer une histoire de la toponymie en Belgique. Mais, bien que courte, elle dépasserait le cadre de ce rapport. Nous nous contenterons d'indiquer ici les passages les curieux pourront se documenter.

I" La Frontière linguistique de M. Kurtli (t. 1, p. 6) rappelle la grosse question posée par l'Académie royale en 1822, sur l'origine de la différence de langue en Belgique, le mémoire de Raoux, la réplique de Meyer. En somme, cette question de 1822, prématurément posée, aboutit au livre de M. Kurtli, qui en est une réponse éloignée de soixante-quinze ans. Preuve qu'il n'est pas toujours mauvais d'attirer l'attention sur des questions prématurées.

A. -G. Cliotin, dans les Prolégomènes à ses Études sur les noms de villes, bourgs, villag-es, hameaux, rivières et ruisseaux du Bradant, publiées en 1859, remémore les appels faits par le ministre de l'Intérieur aux Commis- sions provinciales de statistique en 1848, les mémoii'es de Willems, de J.-J. de Smet eu i85o, puis l'appel fait par la Société provinciale des sciences, arts et lettres du Hainnut

-46 -

pour obtenir une toponymie du Hainaut. On ne visait alors que les noms géographiques et on ne songeait jjas encore à une exploration toponj^mique minutieuse. Cliotin eut le prix. Son mémoire, imprimé en 1857, est refait eu 1868, après une seconde étude, celle sur le Brabant, qui est de 1859.

Dans l'intervalle, avaient paru les deux travaux de Grandgaguage, le Mémoire sur /es anciens noms de lieux de la Belgique orientale, i854, et le Vocabulaire des mêmes noms, 1869. Signalons ici, dans le même ordre d'idées, le remarquable travail de Piot sur lea pagi de la Belgique, 1876,

4" La même introduction de M. Kurtli (p. 11) signale une proposition laite en 1877 i^ar le curé Sulbout à VInsiitut archéologique du Luxembourg, tendant à faire recueillir en détail la toponymie de cette province. Le dixième volume des Annales de rinstitut archéologique du Luxembourg- (1878, pp. viii-ixj, retrace cet épisode et la fin de non-recevoir opposée à Sulbout.

5"^ IjCs appels réitérés de M. Kurtli depuis i885 en vue d'obtenir des sociétés d'archéologie du pays des glossaires toponymiques de communes sont piésents à la mémoire de tons. Ils ont été raj^pelés dans la même intioduction de la Frontière linguistique, dans celle du Glossaire toj)onyini(iue de Tongres. par Ulrix et Paquay ;i9o8), laquelle ne mentionne même que les efforts de M. Kurth, son Glossaire toponymique de la Commune de Saint-Léger et son intervention dans ce sens à la Société d'Art et d'Histoire du diocèse de Liège.

6. Enfin la propagande entreprise par la Société liégeoise de littérature wallonne a été récemment mise en lumière l)ar yi . Lmile Dony dans son article intitulé Pour latopo- nymie (Revue des Humanités, mars 1908) et par la biblio- graphie que fournit sur la question le Liber memorialis de la même société (Bulletin de la Société liégeoise de littérature wallonne, t. XL VII, 1908, pp. 58-59).

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En réuiiissuiit ces divers écrits, le lecteur qui le débire aura une idée des divers aspects sous lesquels on a envi- sagé la question des recherches topony iniques en Bel- gique et des faits qui jalonnent cette histoire. L'étude des noms de lieux peut, en eilet, se faire de diverses manières et à divers points de vue. Elle peut être entreprise en vue d'une démonstration d'ordre historique, comme celle des ])agi ou de la frontière linguistique. Elle peut se proposer une fin linguistique, l'explication des noms eux-mêmes, dont l'historien et l'archéologue pourront ensuite tirer parti, à leur tour, pour étayer leurs thèses, telle la Topo- nymie naniuroise de Roland. Elle peut se proposer sim- plement de diesser le catalogue systématique des noms de lieux d'une commune, d'une province, d'un pays. Ce qui a été reconnu le plus immédiatement nécessaire, c'est ce dernier genre de travaux. Un des meilleurs conseils qu'on puisse donner à des chercheurs en quête de sujets est celui-ci : « Faites-nous le glossaire toponymique de votre commune». C'est ce qu'a prêché longtemps M. Kurth et après lui la Société wallonne.

II. C'est un lieu commun, aujourd'hui, de démontrer l'utilité de ces glossaires aux historiens et aux linguistes ; ce n'en est pas un du tout de la démontrer aux autres, à ceux précisément qui auraient les loisirs, les connais- sances requises pour composer ces recueils. Et c'est depuis peu même que les sociétés archéologiques, en géné- ral, sont converties à l'utilité et à la possibilité de l'entre- prise. Ecoutez-en l'exemple instructif : il expliquera pour- quoi les meilleures idées doivent suhir un si long stage avant de produire des fruits.

Sulbout avait donc proposé, en 1877, que l'Institut archéologique du Luxembourg s'adressât aux instituteurs afin d'obtenir la désignation des lieux dits et des petits cours d'eau sous leur prononciation locale. Le secrétaire, yi. Dupont, dans son rapport d'octobre 1877, quelques

- 48 -

mois après la mort de Sulbout, qui n'eut pas l'occasion de répondre, reflète ainsi l'opinion du comité permanent :

« Messieurs, nous vous ferons observer d'abord qu'il

y a une quantité innombrable de lieux-dits, et, dans notre province, montueuse par excellence, un nombre considérable de cours d'eau.

)) Réunir tous les noms de ces ruisseaux et de ces endroits exigerait un travail énorme : et quel serait le fruit d'un tel labeur ? Nul n'ignore, Messieurs, que la plupart des lieux- dits doivent leur nom à des circonstances fortuites, à des accidents ou à des événements le plus souvent sans impor- tance ; qu'endroits et ruisseaux tirent leur dénomination presque toujours de leur aspect, de leur situation, de la nature du sol ou de celle de l'eau : en un mot ils l'em- pruntent généralement à des faits qui n'offrent guère d'iutérêt ni de caractère historique, et il serait téméraire de tirer de ces appellations des inductions à l'aide desquelles ou prétendrait éclairer le passé.

)) Il faudrait, en outre, compulser des montagnes d'archives et faire des recherches infinies à travers les anciens registres de l'enregistrement et des lij^pothèques ; car ces dénominations changent fréquemment de généra- tion en génération, preuve manifeste qu'il ne s'y attache le plus souvent que peu de valeur historique ; enfin beaucoup de ces noms se sont altérés dans la bouche du peuple, au point qu'il est impossible de les reconstituer dans leur état primitif.

» J'ajoute, pour terminer ce point, que les noms des lieux-dits, dont ladénoraination aurait quelque importance par le fait qu'elle se conserve à travers les âges, sont consignés pour la plupart dans les atlas cadastraux et dans ceux des chemins vicinaux, il est facile de les trouver.

» Ainsi, Messieui-s, le Comité pei'manent ne méconnaît pas l'utilité que pourrait offrir le recensement général réclamé par notre regretté confrère ; mais il est d'avis

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qu'il est impraticable à cause de riiifinité de ces noms, de leurs variations continuelles et de la difticnlté qu'il y aurait à contrôler les indications fournies par les institu- teurs. Il serait plus pratique de se borner à demander des indications sur les noms locaux paraissant avoir un sens véritablement historique : c'est une question à examiner iiltérieurement. »

Bien que la toponymie eut fait son entrée dans le monde avant 1877, ne soyons pas trop sévères pour cette fin de non-recevoir opposée à l'intelligente initiative de Sulbout. Trente ans se sont écoulés depuis : trouverait-on, aujour- d'hui, un beaucoup pins grand nombre de lettrés qui comprissent l'importance et le rôle de la toponymie? Le rejet de la proposition ne nous scandalise pas ; ce qui nous a semblé hautement intéressant, ce sont les considé- rants du refus, qui sont toujours d'actualité. Eemercions donc les honorables archéologues qui se sont dévoués pour donner une formule excellente, ma foi, à des objec- tions topiques, qui n'ont pas» encore cessé de refleurir fidèlement ; puis examinons-les. Xous échappei'ons aiuï^i à l'ennui de parler dans le vide et de paraître tisser des lieux communs sur l'utilité et sur la possibilité des recueils toponymiques.

Le premier ordre d'arguments se rapporte à la difficulté du travail. « Quantité innombrable..., ouvrage énorme..., compul.'^er des montagnes d'archives..., recherches infi- nies... », tel est le premier cri. Mais pourquoi les savants se réunissent-ils en sociétés, sinon pour oser des travaux que redouteraient la faiblesse individuelle et la brièveté d'une seule vie ? A moins qu'on ne fasse alliance pour supporter à quarante le travail d'un seul etnencourir qui le quarantième de responsabilité !

(( Difficulté de contrôler les indications fournies })ar les instituteurs ». Ainsi ce sont les instituteurs qui travailleront, et la société scientifique, n'ayant dans cette liypothèse que la charge de contrôler leur tiavail. la

jugerait encore trop lourde ! Cette besogne ne sera pas trop lourde : elle sera facile ou impossible ; facile, si le ooiitiôleur sait son métier de philologue ; impossible, s'il ne le sait pas. Pourquoi demande-t-on aux instituteurs (j'ajouterai aux prêtres, aux secrétaires communaux, aux gardes forestiers, aux géomètres du cadastre, aux notaires ou agents des notaires) de dresser des listes topouy- miques ? Ce n'est point dans l'intention de faire faire par les étrangers l'œuvre de la Société. Cette œuvre se divise en trois parties. La premièi'e, qui est la collecte sur place, est impossible à la Société sans correspondants dévoués : celle-ci ne peut sérieusement songer à se transporter dans les 2620 communes belges, à étudier longuement le terri- toire et à interroger cent mille personnes. Au contraire, ce travail, réduit à une commune, est un jeu pour celui qui vit dans sa commune et la connaît depuis quarante ans. 11 n"a qu'à parler de ce qu'il sait, il n'a qu'une com- mune à décrire. Demander les matéi'iaux bruts à celui qui détient les matériaux^ c'est, croyons-nous, une dé- marche et une dépendance nécessaires, honorable pour celui qui fournit ces renseignements, nullement honteuse l)oiir celui qui les leçoit. Ce n'est pas un édifice tout construit qu'une société demande à cet homme expert, mais seulement de (juoi le bâtir. Et jnême, comme ces matériaux sont de deux sortes, modernes et anciens, il conviendra de i)artager la besogne, de demander les noms modernes aux topographes, les anciens aux ai'chivistes. (^hi'un arclii\iste s'abouche avec un ami (jui e>t sui- les lieux, ou (pic le cotinai>scur des lieux s'abouche avec un archivi.sie, ou ([u'un homme soit assez compétent pour assunu-r le> deux ouviages, ou (pie la Société suggère le traxail a deux per>()nnes qu'elle associe, ou enfin qu'elle consente à lecevoir deux ouvrages i)artiels pour les coordonnei' elle-même, ce sont des arrangements acces- soires qui peuvent se plier à diverses variations.

La seconde opération peut s'appeler le coutiôle des

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matériaux. La troisième est le travail de mis^e en œuvre. L'une et l'autre sont du ressort d'une société arcliéolo- gique. Le contrôle exige un concours de connaissances diverses, topographie, paléographie, philologie avant tout. Il y faudra de la psychologie aussi ; disons plus sim- plement l'expérience des fautes que les correspondants peuvent commettre, car il faut leur reconnaître le droit de se tromper.

On paraît douter ensuite de l'utilité de l'entreprise ou du moins on affirme que le résultat ne serait point en pro- portion du labeur. On insinue que ce qui a seul quelque valeur est connu par les atlas du cadastre et des chemins vicinaux, que le reste est fugitif, fantaisiste, sans portée, et d'ailleurs corrompu. Que d'erreurs en peu de mots 1 Les atlas précités sont utiles, mais, faits souvent par des étrangers, ils estropient les noms d'une façon si naïve qu'elle déride les fronts les plus moroses. Ce sont des documents bons à consulter, rien de plus ; ils ont d'ailleurs été composés pour enseigner les voies et les biens, nullement pour enseigner les noms. Que les noms changent, est-ce une raison pour ne pas les recueillir? Si on veut dire par qu'ils subissent des variations phoné- tiques, c'est un malheur qui leur est commun avec tout être existant, animal, plante, idée, vocable. Si on veut dire par qu'ils ont une vie très éphémère et que la topo- nymie d'une commune se transforme complètement à chaque génération, c'est prendre l'exception pour la règle : la vérité est que la plupart des dési<>,natious sont stables. Et pourquoi d'ailleurs l'éphémère ne contiendrait-il pas en soi un enseignement? Enfin il faut relever cette idée que les noms historiques seuls contiennent un enseignement historique. Je crains de découvrir en cela quelque immense illusion. Les grands noms ne recèlent rien de plus poé- tique ni de plus mystérieux que les petits : les anciens, rien de plus que les modernes. Rhône et Rhin signifient cours d'eau ; Latium, Campanie, Champagne et Flandre

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signifient plaine : Gand, Condé, Coblenz. Gemiind signi- fient confinent ; Bruxelles doit son nom à qnelqnes bois marécagenx ; nn gué, nn pont, nn bouquet d'arbres, une colline, une source 07it suffi, autrefois comme aujourd'hui, à dénommer les lieux. Bref, ce ne sont pas les résidus étymologiques que peuvent laisser les anal^^ses des noms qui ont le plus d'importance pour l'historien, ce sont les circonstances qui entourent le fait même de la dénomi- nation ; ce sont les renseignements qui résultent de groupes de noms identiques. Ce ne sont donc pas nécessairement les noms obscurs et anciens qui ont seuls quelque chose à nous apprendre. D'humbles matériaux sans importance poui- le linguiste peuvent donner à l'his- torien d'utiles indications sur le régime de la propriété, sur les éi)Ctques de défrichement et de colonisation, sur l'industrie, sur l'aspect ancien du pays aujourd'hui assé- clié, essarté et fertilisé, sur la nationalité des occupants d'une région. Il y a deux ans, au Congrès de Gand, un habile archéologue, M. Louis Stroobant, a montré victo- rieusement comment des noms encore parfaitement intel- ligibles pour les Campinois peuvent être révélateurs d'an- ciens bois sacrés ou de nécropoles historiques ('). Combien de fois le nom de lieu n'a-til pas inspiré ou guidé l'archéo- logue dans ses fouilles? Les toinbeiix, les hosier{, les paradis ou liemcl, les wérixhas, les -sart, les -hein, les -la, les -lé, les -uille nous instruisent à la façon des médailles et des urnes. Un groupe de noms insignifiants aura sa signification ethnologique ou écouoniique à des yeux avisés.

Nous sommes donc peu touchés de cet argument que beaucoup de noms de ruisseaux, de champs, de prés, de bois seront d'une grande banalité. D'abord, ils ne pren- dront pas dans un recueil plus de place qn'ils ne valent. Il (Ml est (ju'il snffii-;i de citer. Ensuite il n'imjiorte pas

(') A iiii;il('.s (lu .VA'' Coiiiirès. (JmiuI. I!)<'-. pp. i>,S")-o(j(5

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que les glossaires toponymiques des 2620 communes de la Belgique soient publiés à purt et forment une littérature immense : il importe que, pour un travail d'ensemble, une société, la Saciété wallonne ou toute autre, possède en manuscrit le relevé des désignations toponymiques des communes belges.

TII. S'il s'agit maintenant de dénombrer ce qui a été fait jusqu'aujourd'hui dans ce sens, je ne puis compter comme glossaires de communes les travaux trop partiels de de Smet, de Cliotin, de Tarlier et AVauters, de Tandel ; ni les listes qu'on trouve dans divers dictionnaires topogra- pliiques, tels ceux de Delvaux de Fouron, de de Uyckel, de Vandermaelen, de Jourdain et de Van Stalle ; il ne s'agit ici que de glossaires de communes. Nous avons donc, à ma connaissance du moins, Le Hœulx ('), Saint-Léger (^), Saint-André lez-Bruges (^'), Braine-le-Comte {*), Bilsen (^;, Franco rcliamps C^i, Jupille C), Spal*), Tongres (''1, Grouy lez- Piéton ('•*), Forges lez-Chimay ("), Beaufays O^i, Aj^eneux ('^j.

(') J. MONOYEK, Les noms de lieux du caiilon du RœiiLx, Mons, 1879,

(•) G. KURTll, Glossiiire to/)oiiyini</iie de lu comninne de Saint-Léger-, Namur, 1887.

(3) Aug. Vax Speybrouck, dans Annales de In Société d'Emulation, Bruges, 1889.

{*) C. DUJARDIN et J. Croquet, Toponymie de Braine-le-Comle, 1898.

(^) C. HUYSMANS et J. CUVEI.IER, Toponymische Studie over Bilsen, 1897. Publié par l'Académie flamande.

(^) A. CouxsoN, Glossaire toj>onymique de Francorcliamps, dans Bulletin de la Société liégeoise de littérature wallonne, t. XLVI, 1906.

(^jE. Jacquejiotte et J. Lejeune, Glossaire to/jonymicjue de la commune de Jupille, même collection, t. XLIX, 1907.

(Sj A. BODY, Toponymie de Spa, même société, inédit, i<,;o4.

('•') E. Ui,rix et J. PaqUAY, Glossaire toponymique de la ville de Tongres. Tongres, 1908.

(10) L.-J. Jacquet, dans la Semaine religieuse de Gouy, J908.

(11) E. DONY, Toponymie de Forges-lez-Chimny, dans Bulletin de la Société liégeoise de littérature wallonne, 1. LI, 1909.

'12-13) J, Le.ieune. Paraîtront dans le Bulletin de la Société liégeoise de littérature wallonne eu 1910 et 1911.

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Les histoires des oomniunes contiennent souvent un chapitre plus on moins copieux consacré aux noms de lieux. Pour ne pas remonter jusqu'aux travaux de Tarlier et Wauters sur les communes du Brabant, et de Tandel sur les communes luxembourgeoises, citons, par exemple, le glossaire toponymique annexé à VHistoire de la bonne ville de \]^aremme, par M. A. de Ryckel (V); la table des lieux dits et la carte que M. Louis Darras a insérées dans S£i Notice sur Vogenée lez- Walcouvt ; le chapitre consacré aux lieux dits dans VHistoire de la ville de Limbourg, par M. J. Thisquen (^). Dans les Communes namiiroises, excellentes monographies historiques publiées depuis 1905 sous la direction de MM. (V-G. Roland et L. Lahaye, un chapitre de topographie ionrnit un certain nombre de noms pour Auvelais, Arsimont, Hemptinne. Xous souhai- tons que les auteurs ne craignent pas de donner une extension plus grande à leurs listes pour les monographies ult('M'ieur(ïs.

D'autres glossaires sont en l'ormation. MM. Ulrix et Paquay annoncent dans leur Toponymie de Tongres. p. 3G, un glossaire de Berg, et, p. 05, un glossaii-e de s'IIeeren Eldei'cn. Le titre d'ailleui's promet encoi'e davantage et le phm imprimé du travail d'ensemble comportait, outre Tongres, la toponj'mie de dix communes. M. Jean Lejeune, de Jupille, continue ses excursions à travers les communes limitrophes de son paj's et le déi)ôt des Archives de Liège. M. rab))é .1. Bastin compte nous donner piochainement la toponymie de Malmedy. Deux autres auteurs ont entrepris le glossaire de la commune de Polleur. Xous comptons refaire celui de .Jalhay,

(') Dans liiilli'liii (le l;i Socii'lé d'Art el d'IIisloirc du Diocèse de Liéi^e. 1 \'. p. ilifi-iS:"). Sur ce glossairi', cf C. KriMil. /..■/ Fronfière liiifriiisli(iiie, t. 1, ]). i.')7.

t^' Dans Bidlclin de /<•» Société iwi-nie/oise d'nrrhéoloi^ie el d'/tistoirc,

t. X. loos. 1». •2^:-t>-H.

ébauché jadis pai- feu .r. -S. Renier ('). Tl est donc permis d'espérer que l'impulsion donuée ne s'arrêtera plus.

Le travail d'ailleurs deviendra d'autant plus facile que les auteurs auront plus de modèles entre les mains. La Société liégeoise de littérature wallonne ne ménage ni les récompenses ni ses peines. Les rapports critiques qu'elle publie depuis 1895 (-' abondent en conseils à l'adresse des auteurs éventuels.

Les glossaires to[)onymiques les })lus difficiles à com- poser sont ceux des communes dont remi)lacement est occupé par quelque grande ville, ancienne et pleine de souvenirs, comme Liège et Tongres. I^à, en effet, riiistoiie locale, dans ce qu'elle a de plus minutieux, peut seule rendre raison des dénominations multiples que les rues, les places, les monuments, les maisons importantes ont reçues dans la suite des temps. C'est avec les archives surtout que ces glossaires doivent être composés, et ils ne peuvent être de simples glossaires. D'autant plus faut-il savoir gré de leui- oeuvre aux deux auteurs de la Topo- nymie de Tongres, et, à M. T. Gobert, de son énorme et savant travail sur Les Rues de Liège.

IV. Mais, pour être fécond, le travail doit être bien organisé, (^u'a-t-on lait })Our guider dans leur (xMivre les cheicheui-s de bonne volonté ? Dans cette (question de méthode, il y a trois choses à examiner : (|uels matériaux l'ecueillir? ; -2" comnient procéder pour les recueillir ? ; 3' comment les exposer en un ouvi'age ? On

(') Voyez le rapi)ort inséré anv oe travail (Unis Bulletin de la Société Uéifcnise de littérature uniUoune, X . 3S, p. 19-12G. Le inrinoire. reiuln à l'auteur, na jamais été remanié ni imprimé, (viuaiul nous sommes rentré en ])ossession du travail, à hi mort de l'auteur, le manuscrit était à moitié carbonisé.

(-1 Voir la l)i1)liograi)liie de la i)artie loponymique dans le Lilier mciiiori.ilis .

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paraît beaucoup mieux d'accord sui- les deux i>renners points que sur le troisième.

i'''' point. Il s'agit donc de composer une œuvre surtout ou exclusivement documentaire. Il y a à recueillir les noms actuels; les formes anciennes des noms actuels, les noms anciens qui sont tombés dans Toubli, sous leurs diverses formes ; à identifier le nom et l'objet ; à expliquer la convenance du nom à l'objet. Ce dernier article a seul besoin d'éclaircissement.

Si les reclierclies sur le nom avaient i:)our but de mieux faire connaître le lieu, le travail serait d'ordre topogra- phique, ou géographique, ou cadastral. Mais, en ce cas, il est visible que le nom ne serait (ju'une des caractéris- tiques du lieu, une des moins importantes peut-être. Ici, au contraire, les renseignements relatifs au lieu n'ont (l'auti'e but que d'éclairer le nom ; ils sont subordonnés au nom : le tiavail est d'ordre linguistique. Sans doute le nom seul, sans la connaissance de l'objet, nous intéresserait moins, il serait moins clair. Le nom a besoin, comme on dit, d'être identifié avec l'objet. Le toponymiste doit donc nous montrer l'objet juste assez l)Our nous intéresser au nom, et par les attributs qu'il juge à même d'éclairer la désignation.

•j" point. Les noms, on les recueille à des sources diverses : à la tradition orale, pour l'usage actuel ; à la tradition écrite jjour le passé. Les sources de la tradition orale sont : les connaissances propres de l'auteur en pre- mière ligne ; l'enquête auprès des gens experts, des vieux habitants du paj's, de ceux qui, par métier, doivent mieux le connaître, par exemple les secrétaires communaux, les gardes-forestiers et les gardes-champêtres. Les sources écrites sont les chartes, les documeuts d'archives, les cartes, les livres conceinant la région.

L'identification se fait, pour les noms modernes, sur le teiiain, en s'aidant des connaissances des gens experts cités plus haut, en s'aidant des eaites existantes, en faisant

pour mémoire des croquis sur place. La vue du terraia suggérera nombre d'explications topographiques et autres qui trouveront place dans l'articulet consacré à chaque nom. Pour les noms anciens périmés, l'identification ne peut se l'aire (j[ue pour autant que les documents four- nissent des points de repère. Il ne suffit pas de parcourir rapidement les archives pour ne recueillir que les formes ; il faut souvent prendre note du contexte qui mentionne les lieux voisins, le propriétaire, l'étendue, la nature du sol, ou d'autres particularités utiles.

L'objet étant dénommé en raison de ses attributs, non de tous, mais de l'un ou de l'autre, qui peut être fort accessoire ou fort extrinsèque, ce serait maigre de se contenter d'inscrire un nom à une certaine place sur une carte : il faut expliquer, si on le peut, le rapport entre le nom et l'objet.

3" point. 11 s'agit uuiinlenant d'exposer les renseigne- ments recueillis. Nous n'irons pas jusqu'à dire qu'un glos- saire topou3^mique est formé d'un cei'tain nombie d'ar- ticles, tous sur le même type. Avant de nous introduire dans le détail des noms de lieux, il convient que l'auteur crée des chapitres d'ensemble qui nous orientent, en nous montrant la commune par ses traits essentiels et à vol d'oiseau, en nous faisant connaître l'état actuel du pa3's et même un peu, s'il est possible, son passé. Nous avons besoin de ces chapitres généraux pour nous intéresser au sujet.

Dans le corps de l'ouvrage, quel type d'article ei quel ordre ado[)tcr? Ou peut réduire à deux les types d'article que nous offrent les travaux imprimés. L'un est celui des toponymies de Saint-Léger, de Francorchamps et de Forges ; l'autre est celui de la toponymie de Jupille. Cha- cun a ses avantages particuliers ; le premier mode condense moins la matière et se laisse lire plus facilement. Le second mode, imaginé par M. Haust pour l'édition qu'il a donnée de la toponymie de Jupille, a le mérite de mieux

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préparer les matériaux en vue d'un classement général. L'écueil à éviter dans le premier cas, c'est la diffusion ; dans le second cas, c'est la sécheresse. Peut-être y aurait-il moyen de combiner la forme méthodique du second mode avec l'allure plus humainement narrative et descriptive du premier. Quelque système qu'un auteur adopte, il doit nous donner des articles significatifs et qui se prêtent à la lecture. Ce serait un leurre de composer maintenant un travail illisible avec l'espoir que, dans cinquante ans, on s'en servira plus facilement pour une œuvre d'ensemble. Il faut que les auteurs se donnent la peine de rédiger, d'exposer clairement, sans verbiage et sans concentiation trop savante, des renseignements qui seiont ti'ès variés d'ailleurs, et d'autant plus intéressants que souvent ils auront été recueillis sur place et non empruntés à des livres.

Voici le minimum de ce que doit contenii- un article :

En tète, le non] moderne, dans la langue du terroir, accompagné du nom officiel francisé, s'il y eu a un. tSi l'on croit nécessaire de donner la priorité au nom officiel, comme étant un nom universellement connu (ex. Char- leroij, nous n'y voyons ]^as d'inconvénient. L'ordre des articles seul en sera i)eut-ètre parfois légèrement modifié. Miiis si le nom n'a de traduction que les traductions sou- vent maladroites ou fantaisistes des tabellions et des géo- mètres, il faut adopter la forme patoise, qui a le méiite, elle, d'être vivante. Enfin quand des formes anciennes seules exi.stent, faut-il choisir la plus ancienne? Elle est respectable, certes, nuiis elle peut être singulièrement altérée, soit ])ar ignorance du scribe, soit par quelque antre accident. 11 vaut mieux, à noire avis, t-lioisir la plus fidèle, qui ne sei'a pas très difficile à déterminer pour peu qu'on ait des variantes. L'arbitraire, qui ris(jue défausser parfois le choix, nous parait moins dangereux que la îiécessitc de suivre une grai)hie qui peut êti'e absuide, qui

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d'ailleurs, étant la plus ancienne aujourd'hui, pourrait être détrônée par quelque autre forme antérieuie demain.

En second lieu vient le tableau des variantes du nom recueillies dans les anciens textes imi)riuiés et manuscrits. Ce tableau n'a d'autie but que de i'ournir une idée appro- ximative de l'ancienneté du nom, cbose dont l'IiistorieTi peut se servir, et de donner les cléments compaiatifs pour la restitution exacte et l'explication d'un nom obscur. Il faut en tout cas s'assurer de l'accord entre les noms modernes et la tradition, car des noms modernes qui aj)paraissent a priori très clairs et très simples sont por- fois dus à des déformations par étymologie populaire. Celui qui entreprend ces recherches à travers les archives n'a pas besoin qu'on lui di.<e dans quelles pièces et dans quelles collections il a chance de rencontrer de nombreuses formes et indications toponymiques. S'il n'est archiviste lui-même, il sera renseigné à souhait par les archivistes de nos giands dépôts. Peut-être serait-il bon ici do mettre les néophytes en garde contre les excès de zèle, les lectures fastidieuses sans utilité réelle. S'il est intelligent, par exemple, de noter que telle forme est isolée, accidentelle, et que telle autre est la forme ordinaire, ce ne serait guère comprendre le but de ces recherches que de compter com- bien de centaines de fois une forme se rencontie dans les quatre-vingts volumes des registres aux œuvres d'une commune Dans le travail définitif, ces indications se donnent par la date et par la mention de la collection, du registre et de la page en abréviations convenues, assez claires pour renseigner celui qui désire vérifier, pas assez étendues pour arrêter le profane qui cherche dans pareil ouvrage des connaissances plus simples.

De même que la synonymie, le reste de l'article a pour but d'éclairer le terme en apportant ce que la topographie et l'histoire locale peuvent fournir. Quelle est la nature de l'objet? est-il situé exactement? N'a-t-il pas subi des changements d'attribution ou de forme ? Quelles sont

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les particularités intéressantes qui le concernent ? Celui qui vise à fournir lui-même une explication du nom et qui est capable d'étj'mologie saura facilement quels traits il doit choisir. Celui qui veut se borner à la mission plus modeste de recueillir des notes et des arguments utili- sables prévoit plus difficilement ce qui peut servir dans les cas les plus obscui's qui sont aussi les plus intéres- sants. Il faut alors que ce dernier, en attendant que l'ex- périence lui vienne, ne craigne pas d'en dire trop pour en dire assez.

Quelques auteurs demandent en outre des noms compa- ratifs, des analogies de toute sorte, qui sont du ressort de la philologie. Il nous paraît que ces rapprochements ne seront faits avec succès par les auteurs de glossaires que dans les cas tout-à-fait faciles, c'est-à-dire quand ils senmt inutiles. Dès lors, à quoi bon embarrasser de ces comparai- sons élémentaires les glossaiies toponymiques demandés ?

Les articles constitués, dans quel ordre devront-ils être rangés ? Disons d'abord que l'auteur fera bien de laisser ces articles eu pages séparées, pour laisser à lui et aux autres la faculté d'améliorer l'oidre choisi. Jusqu'ici, sur la façon de coordonner et de présenter la toponymie d'une commune, les avis sont assez divergents. Certes, il n'est nullement nécessaire que tous les travaux de ce genre soient coulés dans le même moule. 11 n'y a pas grand mal à ce que les monographies présentent quelque variété dans la rédaction, la disposition, voire par les préoccu- pations favorites de l'auteur. Indiquons les divers tj'pes propo.«és et examinons-les.

L'un voudrait que l'on étudiât d'abord le nom de la commune, puis ceux des hameaux, des rues, des chemins. La première partie serait ainsi consacrée aux ouvrages de riiomnic. Dans une seconde partie viendraient les coui-s d'eau, les accidents de teirain, les cultures, bois, bruyères, marécages (').

(') Cl". 'J'ojtoiiyinie de Tongres, \>\) l'i-i").

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Cependant, les cultures, les prairies sont aussi des œuvres de l'homme. Puis n'est-il pas plus juste de commencer par ce qui ne dépend pas de l'homme et est antérieur à son installation : le sol, l'hydrographie et l'orographie ; de continuer par les bois, naturels i)lus souvent qu'artificiels : puis par les lieux qui dépendent du travail de l'homme, chemins, prés, terres arables ; enfin par les constructions humaiues : fermes, églises, rues, monuments, ponts, viaducs, chemins de fer ? C'est suivre, autant qu'il est possible, un ordre chronologique des choses et des noms.

A ces deux types s'en oppose un troisième, Tordre alphabétique pur et simple Xous en avons dit un mot tantôt, en tant que le plan de l'ouvrage influe sur la rédaction des articles. Ce système a des qualités. Il fait venir sous le même titre tout ce qui contient le même nom, quelles que soient les différences de destination des objets. Ainsi corti Zabè, pré Zabè et fontaine Zabê seront placés à Zabê. Tout se dispose ainsi mécaniquement en vue d'un grand recueil de toponymie ou belge ou wal- lonne. L'inconvénient principal de cette méthode, c'est qu'il sacrifie l'avantage immédiat à un avantage ulté- rieur. On lira toujours plus facilement et avec plus de plaisir un ouvrage qui essaye de retracer la physionomie de la commune et qui n'éparpille point l'intérêt topogra- phique et historique au hasard de l'ordre alphabétique. Nul doute, cependant, que cet ordre ne soit de mise dans chaque chapitre, pour classer des étangs, des fontaines, des prés dont, logiquement, la place est indifférente ; nul doute qu'un index final ne doive rassembler ce que l'exposé systématique a séparer ; il y a du moins accord sur ce point. Les amateurs d'une disposition réaliste pourraient aussi se rapprocher de la disposition alphabétique en multipliant moins les subdivisions. Inu- tile de mettre à part, en effet, les haies et les heicls, dénominations souvent confondues. C'est faire du zèle de

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distiuguer en chapitres séparés des prés, des prairies, des assises. Un chapitre cultures pourrait envelopper tout ce qui est prés et terres, d'autant que l'un se transforme en l'auti'e assez facilement. Voilà des concessions possibles en vue de l'utilisation ultérieure du glossaire. Je ferai remarquer aussi, relativement à l'ordre alphabétique, que rien en réalité ne s'y prête moins que les dénominations toponj'^miques. Ainsi Zabè, qui concentre diverses expres- sions, n'est pas un nom de lieu, c'est un prénom de femme. C'est donc bien à corti que doit se trouver corti Zabè, à supposer que ce nom demande autre chose qu'une simple mention. A Zabè, qui sera dans l'index final, il ne doit y avoir qu'un rappel ou uu renvoi. Sinon, tous les noms de personnes viendront se ranger par ordre alphabétique dans un dictionnaire toi30nymique. Il y a des cas le classement alphabétique devient presque impossible ; c'est lorsque l'expression contient une prépo- sition, un adjectif faisant partie intégrante du nom. Disos l'tièr, à pid de tiêr, est un autre lieu que le tiêr. Si on fait un sort à la préposition dans le classement de Derrière-Coronineuse (Vottem, Herstal), Dessous-les-Bois (Erezée), Devant-le-Pont (Visé), à l'adjectif dans Dièrin- patâr (Hollogne-aux-Pierres, Baisj'^-Thy, Vogenée), que fera-t-on des innombrables locutions commençant par a, al, è, so ou sol ? Elles ne se caseront pas sans classement arbitraire et sans beaucoup de renvois. Tels sont les avantages et inconvénients de chaque système. Nous conseillons aux intéressés de les étudier en détail dans les œuvres i)ubliées avant de choisir une disposition, mais nous ne prétendons exclure aucune des dispositions l)roposées.

Tout glossaiie toponymique doit êti-e accompagné d'une carte de la commune, sans exclusion d'autres cartes par- tielles. Les auteurs devraient toujours adopter pour base de leur travail les cartes de l'Institut cartographique militaire au vingt-millième, qui donnent exactement le

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relief du sol et tons les accidents de terrain, quitte à en amplifier le format, s'ils le jugent nécessaire. C'est dans ce cadre fidèle et lisible qu'ils devraient inscrire les noms de lieux, avec tout le soin qu'on donne à un travail qui doit être gravé ou reproduit par la photogravure. Qu'on ne cesse de prêcher aux futurs auteurs : « faites-nous de bonnes cartes». Une bonne carte dispense de tant d'expli- cations ! Si on possédait déjà, sans texte explicatif, les 427 planchettes de la Carte de Belgique soigneusement élaborées an point de vue des noms de lieux, la question du répertoire toponymique de notre pays serait bien près d'aboutir !

V. La culture de la toponymie dans notre paj'S n'a pas seulement produit des recueils de noms : elle a eu quel- quefois l'ambition de fournir des théories, des explica- tions, des démonstrations. Sans s'aventurer aussi profon- dément dans le passé que M. d'Arbois de Jubainville, elle a souvent appliqué à la Belgique ou critiqué avec bonheur les hypothèses heureuses ou hasardées de la science fran- çaise et germanique. M. Kurth a étudié en détail par la toponymie les fluctuations de la limite linguistique en Belgique, et, débordant beaucoup de son cadre, il a fait de son livre, par l'appareil de démonstration et les listes de noms, une vraie bible du toponymiste belge. Dans le pre- mier volume de sa Toponymie namiiroise, le chanoine C. G. Roland a savamment étudié les plus anciennes couches de noms géographiques de sa province. Avant eux, dans la Wallonie prussienne, M. Quirin Esser avait donné de nombreux articles de toponymie celtique qui intéressent aussi notre région (^). On peut signaler ensuite

(') Les articles antérieurs à i885 sont réunis dans une brochure Beiiriige ziir Galln-Keltischen Nainenkiiiide, Mahiiedy, 1884 ; d'autres ont paru dans le Kreisblatt fiir den Kveis Malmedy, imprime à Saint-Vith. -

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des monographies relatives à des suffixes, à des préfixes, à des termes fréquents ou curieux : le travail de M. Paul Errera sur les Waréchaix (') ; une Etude critique sur le nom de Mons, par E. Douy et I. Fonsny {"i; les notes de Vanderkindere sur Meer et Belle, et, plus récemment, sur Dieweg et Diestelle {^) ; un travail du rapporteur soussigné sur les noms en -ster {*) ; l'article de l'abbé J, Bastin sur le préfixe Chin-i^); des articles de M. G. Cej'ssens dans Leodium C') ; des études de toponymie flamande dans la petite revue flamande Biekorf {iqo8) ; le vif débat qui eut lieu entre M. Kurtli et Gobert à propos de Merclwul et Legia {') ; l'article du chanoine Roland sur Astanetum (^) ; telles sont les traces les plus récentes des préoccupations linguistiques appliquées aux noms de lieux. Il faudrait étendre de beaucoup cette liste si l'on voulait citer les travaux historiques à base toponymique comme les Ori- gines de la ville de Liège, de M. Kurth (^), contre les- quelles M. J. Schreiber Aient récemment de romj)re sa

(') Dans Aimules de In Société d'archéoloi'ic de Bruxelles, 1S94, t. VIII, !> liv.

(2j Dans Annales du Cercle nrchëologifjiie de Mons, t. XXIX,

!^i Dans Annunire-Biillelin j)otir le j>ro<'rès des études ]>hilolo- gi<]nes et historiques. 18;)!) et 1904.

{*) Dans Bulletin de la Socielc renuétoise d'nrrhéoloi^ie et d'histoire,

t. y, 1904.

(S) Dans Leodium, 1907.

(S| Dans Leodium, 1908, 1909.

0) GOIJERT, sur Merchoul dans Bulletin de l'Institut nrcheoloifique liégeois, t. XXXV, i9o."5. Kiinil, Lu Lésiin, avec ai)])en<life relatif à Merchoul, même Bulletin, t. XXXVII. Gohkiit, Merchoul et Mntri- rulu, 19O7.

(^) Dans Mélunges Kurtli, t. II, 289-298.

{^) Dans Bulletin de lu Société d'Art et d'Histoire du diocèse de Liège, t. II, 1882.

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lance iM ; les études de D. Joiickheere sur VOrigine du nom de Flandre (^), et de Vanderkindere sur les Origines de la populalion flamande i^), le Majeroux de M. Kurth [*), des articles de M. Victor Tourneur sur la mythologie ou rar(;liéologie gauloise dont la toponymie n'est pas exclue (^1.

Avec de la patience et de la concordance dans les efforts, on peut arriver à recueillir les désignations de tout genre des cadastres ancien et actuel. Mais, pour faire le triage et tenter l'explication de ce qui mérite l'attention du lin- guiste dans cette masse énorme et superfétatoire, il faut autre chose que de la patience. En ceci le toponymiste belge ne saurait faire œuvre scientifique sans se tenir au courant des meilleures publications étrangères qui pré- sentent un intérêt général. Les conclusions trop radicales d'Arnold dans l'application de la toponymie à l'ethnogra- jjhie sont battues en brèche dei)uis 1890. Arnold a ouvert le champ à rap])réciation scientifique des noms de lieux, mais dans le détail ses théories sont à reviser. Haus Witte (^), Adolf Schieber (7j, Georg Heeger (S), Franz Cramer ('^) ont repris l'une ou l'autre question et par des

(1) Dans le Bulletin de In Société Scionti/iqne et Littéraire Un Lini- bourg, t. XXVI, 1908, pp. igti".

(2) Dans Reone Catholique, 1882-8.3.

P; Dans Bulletin de l'Académie royale de Belgique. t885.

[■^) Dans Annales de l'Institut archéologique d'Arlon, l. XVII.

(5) Dans Le Musée belge.

(6) D'abord dans Jahrbuch der Gesellschaft fiir Lothringische Geschichte, 1890, p. 278; puis dans Uber Deutsche und Kelloromanen in Lothring-en, Strasburg, Trûbner, 1891 (ingen, -iveiler).

{"') Dans la même revue lorraine, t. XII, 1900 (-ingen, -heim) ;

t. XIV, 1902, pp. 449

(S) Die Germanisclie Besiedlung der Vorderpfalz an der Hand der Ortsnamen, Programme du gymnase de Landau, 1900.

(") Die Ortsnamen auf -WEUJîR im Aachener Bezirk, dans Zeit- schrift des Aachener Geschirhtsvereins, t. XXIX, Î907.

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comparaisons méticuleuses ont réduit les affirmai ions aventureuses d'Arnold.

Xous aurions pu allonger cette liste, mais la liste des ouvrages ne donne pas la manière de s'en servir. On ne saurait trop répéter que la topoiiNaiiie est une partie de la linguistique, la plus difficile à exploiter, la plus ingrate et la plus décevante. On pourrait dire encore à ceux qui désirent s'y aventurer que, dans l'état actuel, tant de grandes hypothèses ont été lancées, la science a plus besoin de travaux critiques partiels, de démonstrations patientes, qui aient pour résultat de ruiner définitivement celles des grandes synthèses prématurées qui encombrent et illusionnent. Prenons un exemple relatif à notre pays. Vous savez quelle importance M. d'Arbois de Jubainville donne aux Ligures, dont il fait les prédécesseurs des Gaulois dans une grande partie de la Gaule. On attribue aux Ligures les noms de suffixe -asco, -osco, -iisco, le thème aliso. Or, on prétend signaler leur habitation en J^elgique par un Stabelasco de 690 (Stavclot), par un Geningha Thriiisca (Driesch sous Waereghem, FI. occ), l)ai- le nom du Condroz : Condriiscus pagns ('). Ces formes isolées sont- elles de mauvaises lectures ou non f Les mots de terminaison -sco sont-ils nécessairement assignables aux Ligures ? Des études critiques de ce genre, sur des points bien délimités, peuvent rendre les plus grands services. Signalons comme des modèles à suivre, en ce sens, les études d'Antoine Thomas sur la formation du nom (lu iiays de Comenge, sur les noms de rivières en -ain. sur le ((plomb » du Canial, sur la formation du nom de la nillr (i Arles, sur aise et aisance {•), les Notes cri-

(') Zanakdki.i.i. Tojioityinie jUiiHule, dans Raoul de rÉiacE, Les noms de nos- rii'U-ies, l'aris, II. Champion, 1907, p. 52.

(2j Recueillies dans les Essais de philolngie /'ranciiise. Paris, Bouillon, iSyH.

- 6; -

tiques sur la toponymie gauloise et gallo-romaine (';. Le Manuel de l'antiquité celtique de G. Dottin l^) est aussi un livre de science prudente qui n'égarera pas les tra- vailleurs,

Mais aux toponymistes il ne faut pas seulement des livres de linguistique, il faut des recueils comme ceux de Forstemann, de Holder, et surtout des cartulaires bien faits, comme ceux de Saint-Hubert (Kurtli), de Stavelot- Malmedy (Roland et Halkin), comme le Cantatorium de Saint-Hubert (Hanquet), pour ne citer que des textes relatifs à notre région, les auteurs ont dépensé des trésors de sagacité et d'érudition pour identifier et expliquer les noms propres de leurs textes. Peut-être serait-il désirable qu'un recueil critique général d'ono- mastique et de toponymie belge fournît à pied d'oeuvre aux historiens et aux linguistes les matériaux de cette nature disséminés dans une foule de publications, au moins depuis les auteurs anciens jusqu'à l'époque

commencent nos archives.

Jules FELLER.

(1) Dans Nonneaux essais de philologie française. Parie, Bouillon, igoS, pp. 34-G2. {-) Paris, H. Champion, 190G.

L'EXEMPTION DE L'ABBAYE DE SAINT-TROND.

L'abbaye de Saint-Trond l'ut fondée vers l'année 657 ('). Son fondatenr l'avait dotée de ses biens patrimoniaux situés en Hesbaye, en Canipine (-) et dans le Testrebant en Hollande (^). Cependant toutes ces possessions avaient été offertes jadis à l'église de Metz où, sur les conseils de l'évêque de Liège, saint Trudon était allé demander la science ecclésiastique et l'initiation au sacerdoce. A la suite de cette donation, les évêques de Metz se trouvaient en possession des droits seigneuriaux sur tout le temporel de l'abbaye de Saiut-Trond. Aussi s'attribuaient-ils le doniim abbatiae, en confirmant les élections abbatiales et en accordant au nouvel élu l'investiture des biens et droits attachés à ses fonctions.

(1) C'est la date traditionnelle retenue par les moines qui, en 1607 et 1767, célébrèrent solennellement le lo*' et le iit^ centenaire de l'abbaye.

(-j-Le centre de ces possessions était Peer, dont dépendaient Helchteren, Exel, Grand-Bx'ogel et Wycliniael.

(2j Tout le pays de Ileusden, comprenant Heusden. Aalburg, Herpt, Doveren. Ilesbeen, Genderen, Elhen et lîaldlonienbroek appartenait à l'abbaye de Saint-Trond.

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Au point de vue temporel donc, Tabbaj^e de Saint-Trond dépendait des évèques de Metz.

Sous le rapport spirituel cependant, comme le monastère était situé dans le diocèse de Liège et que pendant plu- sieurs siècles aucune règle d'exemption ne fut portée, les évèques de Liège étaient en droit d'intervenir à Saint- Trond. Ils le firent du reste à plusieurs reprises. Au com- mencement du xi*^ siècle, l'abbé Adélard (999-1034) éloigné de son couvent par l'évêque Thierry de Metz, put revenir au milieu de ses moines, grâce à l'intervention de l'évêque de Liège ('). Ce fut encore l'évêque qui conféra la béné- diction abbatiale à Gontram vers io34 (^) ; d'accord avec l'évêque de Metz, l'évêque de Liège imposa aux moines de Saint-Trond, en io83, comme abbé, un religieux de Saint- Vincent de Metz [^).

Bien plus, quand, quelques années après, le siège épis- copal de Metz était occupé par un intrus, l'évêque de Liège, Heni-i de Verdun, resta seul à défendre les intérêts spirituels de l'abbaye de Saint-Trond. Il le fit avec un zèle et une fermeté qui ne se démentirent pas un instant. Ayant excommunié l'abbé intrus Lupon, le i5 juin io85, il leva une armée, s'en alla assiéger Saint-Trond et réintégra Lanzon, abbé légitime, dans la jouissance de ses droits (20 février 1087). Quelque temjis après, il empêcha le sei- gneur Otton de Diest de prendre possession des villas de Webbecom, Pelt, Ilelchteren et "Wychmael que l'abbé simoniaque Hernian de Ilorpraael lui avait vendues ; il cita à Liège, pour les réprimander, les moines Lupon et Stepeliu (pii n'observaient pas la discipline monastique C).

Son successeur Otbert s'ociîupa tout aussi activement de l'abbaye de Saint-Trond. Complice de Henri IV dans

(') (jestii A/>/>;iliiiii Triuhnicnaium, éd. de Borniau. t. I. p. G.

(2) Ibidem, p. 14.

(^) Ibidem, \>. .'îo.

C) Ibidem, ])p. 3S-(ii.

la querelle des investitures, il bénit, en 1091, l'abbé simo- niaque Lupon, excommunia l'intrus Herman vers 1094, puis donna le 7 mars 109S la bénédiction abl)atiale à Thierry, qu'il défendit constamment contre les intrigues de son compétiteur. Après lu mort de Thierry, Otbert présida, avec l'évêque de Metz, la nouvelle élection à Liège même, les religieux s'étaient réunis le 3o janvier iio8(M.

Celui qui fut élu en ce jour, le célèbre Rodolphe, resta constamment en relation avec les évêques de Liège. Il fut le compagnon de voyage d'Alexandre de Juliers que le pape Honoi'ius venait de citer en cour romaine ("h C'était du reste pour protéger les biens de l'abbaye qu'Alexandre excommunia, en 1128, les comtes Godefroid I^"" de Louvain et Gislebert de Duras (^).

Albéron de Chiny donna, le 25 mai ii38, la bénédiction abbatiale à l'abbé Folcard ("*). L'année suivante, il confirma le droit du monastère à lobole banale et n'hésita pas à jeter l'interdit sur l'église de Diest qui avait refusé de se soumettre (■''.

Son successeur, Henri de Leyen, bénit l'abbé Wiric le i5 janvier ii56. Celui-ci dut l'accompagner en Italie {'') ; mais le prince-évèque le récompensa en incorporant l'église Xotre-Dame à Saint-Trond et l'église de Mielen- sur-Aelst à la inense abbatiale (').

Le i*^'" septembre 1169, l'évoque Raoul de Zaehringen pi-ésida, à Saint-Trond, les fêtes de l'exaltation et de la translation des reliques de saint Trudon et de saint

(V) Geslu Abhnlnni, t. I. j). (J2-117.

(-j Ibidem, p. i>i3.

[^j Ibidem, j). i>i8.

(•>) Ibidem, t. II, p. 11.

(âj PlOT, CarttUaira de l'iibbaye de Snint-Troml, t. I, pp. 48 et 6-j

('j) Gestii iibbiUum, t. II, pp. 33 et ^'S.

{') PiOT, op. cit., t. I, pp. 104 et io5.

Eucber ih. Dix ans plus tard, l'évèque se rendant à Rome obtint du pape Alexandre III la coufiriaation de tous les privilèges de l'abbaye i^'.

L'entente la plus cordiale ne cessa doue de régner entre les abbés de Saint-Trond et les princes-évêques de Liège.

^lais voici un fait qui, du moins plus tard, alla exercer une influence considérable sur les relations des deux pré- lats. En 1227, Jean, évêque de Metz, céda, par un contrat d'ècliange, tous les droits, pouvoirs et biens qu'il possédait à Saint-Trond à Hugues de Pierpont, évêque de Liège (^). A la suite de cette cession, l'archevêqne de Cologne et le cbapitre de l'église métropolitaine engagèrent l'abbé de Saint-Trond, Jean de Santis, à reconnaître l'évèque de Liège comme son seigneur et à lui prêter foi et hommage ' ^). Une lettre analogue fut adressée aux habitants de Saint- Trond {^).

Ce que l'évèque de Metz avait cédé à celui de Liège c'était la uilla de Saiiittreon, ciiin omnibus appenditiis suis et en particulier le donum abbatiae. Il faudrait en conclui-e que l'évèque de Liège devenait seigneur de toute hi \ille et que l'abbé du monastère devenait son vassal.

Pour ce dernier point, on aurait pu le croire, car les nouveaux prélats s'en allèrent régulièrement après leur élection se présenter à l'évèque de Liège et lui demander la bénédiction abbatiale C^).

Quant à la souveraineté de la ville, il y avait une impor- tante restriction à faire. Car déjà, en 1107, le pape Pascal II. confirmant les possessions de l'abba^'^e, lui

(') Cîeslii ubbulnni. l. II, p. .^5.

('-) l*l(»T. Ciiilulnire (le rubl'iiye de Sninl-Troml , t. I. p. i.'i4 et (îcstn til>l>iitiiiii, l. 1. j). 7().

(■^) ]i()K.M.\NS el SriU)()l..Mi:ESTi:i!s. C. ni ni ni te <{t' l'ci^lisc S.iint- Lamheri. t. I. p. 2iii .

c'j Ibidem, pp. -j'iiî et -SA^.

[^) Ibidem. \>\y. 'SX.\ et ii'iT).

(6) Ccstii .ibbiiliim, t. II, j). :>2.S.

avait attribué la moitié de la ville de Saint-Troud, medie- tatem videlicet ejusdem oppidi in quo monasteriiim sitiim est et cambatiim de toto oppido (^.

Comment cette moitié de la ville était-elle devenue la propriété de l'abbaj'^e? et comment celle-ci avait-elle acquis le droit exclusif d'établir des changeurs dans toute la juri- diction? Kous l'ignorons. La seule supposition possible paraît être une donation d'un évêque de Metz antérieure- ment au xn* siècle (r).

Toujours est-il que les abbés de Saint-Trond main- tinrent leurs droits et quand, en 1288, la ville de Saint- Trond obtint sa première charte communale, celle-ci lui fut octro3^ée au nom de Jean, évèque de Liège, et de Guillaume, abbé de Saint-Trond, agissant ensemble comme co-seigneurs de la ville (^).

A part une seule contestation (*). cette situation fut con- firmée plus d'une fois par des actes publics. Elle se mani- festa surtout d'une façon assez curieuse en i3o2, lors d'une révolte des habitants contre l'abbé et ses échevins. En cette circonstance, l'évêque de Liège, Thibaut de Bar, vint au secours du prélat. Un tribunal fut dressé au milieu des champs, entre Brustliem et Saint-Trond, et cela dans un endroit les deux juridictions, celle de l'abbé et celle de l'évêque, se rejoignaient, et là, au nom des deux sei- gneurs, les coupables furent condamnés {^).

Malheureusement, Adolphe de la Marck, successeur de Thibaut de Bar, ne semblait pas disposé à reconnaître cette co-souveraineté des abbés. En i3i4, les Saint-Tron-

(*) PlOT, op. cit., t. 1, p. 129.

C'î) C'est la sujjposition que fait Dakis, Xotices, t. \, p. 75.

(3) PiOT, Curlnhiire de l'abbaye de Suinl-Trond, t. I, p. 383.

(•*) A la suite <le cette eoute^talioii, le droit de battre luoiiuaie l'ut reconnu au i)riuce, celui de récliaiiy:e à l'abbé {Ge.slii abbnliim, t. II, p. ii3o.

(5) Gentil nbbutimi. t. II, jjp. i>33-u38.

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naires s'adressèrent au prince-évêque et lai demaudèrent un régime communal semblable à celui dont jouissaient les Liégeois. L'évêque accorda les institutions demandées sans consulter son co-seigneur ('). C'était lui déclarer la guerre. L'évêque avait avec lui les maîtres de la commune et leurs partisans qui se mirent à violer de toutes parts les droits du monastère L'abbé, lui, se trouvait soutenu par son avoué, le duc de l^rabant, et par l'official de Liège qui lança des sentences d'excommunication et d'in- terdit contre les partisans du prince. Cette situation lamentable se pi'olongea pendant dix ans.

Mais c'est précisément pendant cette période d'hostilités, tantôt ouvertes, tantôt sournoises, alors que l'abbé avait j)orté plainte en Cour romaine, que ses droits lurent publi- quement affirmés par les éclievins de Saint-Trond : Tenent pro certo quod religiosus vir doininus abbas monasierii sancli Triidoiiis, ratione abbatiae siiae iantuin habeat dominii jiiris et Juridictionis, iam altae qiiam bassae, ad nieriim seii mi.xtum iinperiuin pertiiientis in niedietate dicti oppidi Sancti Triidonis, pi\)ut ipsa niedieias certis est discreta liwitibus. quantum habeat reuerendus j)ater doini- nus Leodiensis cpiscopus in altéra média parte i])sius oppidi, quae suis etiam limitibus est distincta; qnoque idem dominus Leodiensis episco})us nihil amplius juris habeat in medietate ipsius oppidi ad dictum dominum abbatem et ejus monasterium pertinente quam ipse do- minus (ibbas seu ejus monasterium habent in altéra média parte ad i[)sum dominum Leodiensem episcopum pertinente in Juridiilione videlicet tem})orali (^). C'était l'atlirniation explicite et solennelle de l'égalité absolue des deux sei- gneurs en fait de souveraineté temporelle.

Du reste, l'évcquo. se trouvant bientôt aux prises avec

l') IMoT, Cari ni, lin- de l'abbnyc de Suinl-Troud, t. 1, ]). 44^- (2) Ihidciil, t. I., ]». 4!)!)-

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ces mcnies Saiiit-Troimaires qu'il avait soutenus contre Tabbé et qui maintenant prêtaient niain-foi-te aux Liégeois et aux Tougrois en révolte contre leur prince, dut se réconcilier avec le prélat en 1324. La paix de Nieuwen- hoven, en 1827, sans déclarer explicitement la co-souverai- neté, la supposait cependant à toute évidence (*).

Il en fut de même de tous les actes publics qui suivirent et qui émanèrent des deux seigneurs. Bien plus, quand le tribunal des XXII fut érigé en i343, Adolplie de la Marck dut déclarer que cette érectrôn ne porterait nulle atteinte aux droits de l'abbé dans la ville de Saint-Trond (^).

Cette situation se maintint ainsi jusqu'à la fin du xv^ siècle. C'est la possession paisible de la co-souverai- neté. Xon seulement elle ne fut plus contestée ; mais plus d'une fois, en i349, 1416 et 144^' les empereurs reconnurent que les abbés de Saint-Trond étaient leurs vassaux en raison, entre autres, du pouvoir temporel dont ils jouis- saient et que les actes désignent sous le nom significatif de regalia (^1. Cette co-souveraineté fut du reste publi- quement et explicitement reconnue en 1472 par Louis de Bourbon et Arnoul de Beesde (^).

Toutefois à la fin du xv^ siècle Jean de Horne, évêque de Liège, essa^'a de se défaire de son co-seigneur. A rélection des bourgmestres en 1496, il refusa de recevoir les délégués de l'abbé. Celui-ci en appela à l'empereur. Trois mois après, le prince-évêque se trouvait cité devant le Grand Conseil de Malines (•). Aussi en i5oo la réconci- liation avait eu lieu (^). Du reste à cette même époque les évêqnes de Liège coururent un risque sérieux d'avoir à

(1) PlOT, Cai-tuliiire de l'abbaye de Suint- Trond, t. I, p. 4*35-

(2) Ibidem, t. I, p. 487.

(^) Ibidem, t. I, p. 5o6 et t. II, pp. 201 et 269. (■*) Ibidem, t. II, pp. 353 et 35;.

(5) Ibidem, t. II, p. 471.

(6) Ibidem, t. 11, p. 488.

- ;6 -

JSaint-Trond comme co-seigneur au lieu d'un simple abbé bénédictin, les puissants ducs de Bourgogne. Sans leur intervention, la souveraineté temporelle sur la moitié de la ville était vendue par l'abbé Antoine de Berghes aux ducs de Brabaut (').

A partir de i558, les difficultés recommencèrent pour ne plus cesser qu'à la fin de l'ancien régime, Robert de Berghes essaya en cette année d'annuler l'élection de Cliristoi)be de la Blocquerie ; mais la réponse catégorique du prieur Jean d'Audenarde lui enleva tout espoir de réussir (^). Eu i586 le cliapitre de Saint-Lambert entra lui-même en lutte. S'étant emparé i^ar ruse des bulles de confirmation de Léonard Betten, il obligea le nouvel élu à venir se présenter à Liège afin d'y demander la confirmation de son élection (^). La cérémonie de la béné- diction abbatiale de Rémi Watzon en 1607 l'ut de même troublée par l'ingérence du prince-évêque. Mais à cette occasion le Saint Siège jugea nécessaire d'intervenir. Le 14 février 1609, il fut décidé en Cour romaine que le monastère de Saint-ïrond était soumis directement au Souverain Pontife et nullement à l'évêque de Liège (^J. Chose curieuse, au lieu de se prévaloir de cette décision, Hubert Germeys demanda de nouveau le 8 janvier i6i3 au chapitre de Saint-Lambert de confirmer son élection (^).

Rome intervint une seconde fois en 1614 Paul Y déclara solennellement l'exemption du monastère de Saint-Trond de toute juridiction spirituelle, de l'évêque ou du chapitre cathédral C*). Bien plus, la bénédiction abbatiale ne i)ouvait être conférée par le suffragant de

{'i Geshi uhbaiunt, éd. dk Kokman, t. II. p. 355.

(-) SlAMCNON, Clir(nii(jii(t 'le l'u/ihuyo i/c S:iiiil-Trnii(l , p. o.

'}) Ibidem, \). {4.

{*) Ibidem, p. Gii.

(^) Ibidem. ]). 72.

(•"'j Ibidem, p. 77.

77

Liège qu'à condition de déclarer que c'était par délégation pontificale, non épiscopale, qu'il remplissait ces fonc- tions (').

De fait, cette décision fut observée en 1609, lors de la bénédiction de Hubert de Suetendael (^), et pendant tout le XVII® siècle, il n'y eut plus guère de contestations.

Il n'en fut pas de même au siècle suivant. En 17 10, le prince-évêque retira l'enseignement au Petit Séminaire des mains des religieux et remplaça ceux-ci par des prê- tres séculiers. C'était, paraît-il, pour obliger l'abbé à renoncer à ses prétentions à la co-souveraineté de la ville. Mais les abbés de Saint-Trond n'y renoncèrent jamais: Rome leur avait accordé l'indépendance spiri- tuelle ; Vienne semblait les soutenir dans leurs revendica- tions d'indépendance temporelle ; rien d'étonnant alors s'ils se résignèrent à toutes sortes de vexations, jusqu'à la confiscation de leurs meubles, plutôt que d'abandonner ce qu'ils considéraient comme un droit intangible de leur monastère (^).

Parfois cependant la réconciliation semblait immi- nente ; en 1791, notamment, le prince-évêque de Hoens- broeck et l'abbé Eucher Knapen furent ensemble inau- gurés à Saint-Trond comme co-seigneurs de la ville.

Si donc en droit les abbés de Saint-Trond pouvaient prétendre à l'exemption spirituelle et temporelle à l'égard des princes-évêques de Liège, en fait il ne leur a jamais été donné d'en jouir paisiblement pendant un laps de temps considérable.

G. SIMENON.

('j Simenon, Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, p. 80.

(2) Ibidem, p. 1)7.

(3) Daris, Histoire du diocèse et de la principauté de Liéife (^1724-1852), t. I, pp. 95, i56, 256, 347, 378.

GUILLAUME DUFAY ''>

(avant 1400-1474)

Son importance historique.

L'importance historique de Dufa^' est avérée non seulement par le témoignage intuitif des hommes de son siècle, mais aussi par la critique raisonnée des historiens de la musique appartenant à la seconde moitié du xix^ siècle et au début du xx''.

Les deux monographies les plus étendues qui lui ont été consacrées de notre temps, celle de Fr.-X. Haberl et celle de Stainer, énumèrent les documents du xv^ siècle qui font foi de la gloire que le maître s'était acquise par son génie. L'un des plus anciens est le passage du poème de Martin le Franc, Le Champion des Daines (vers i44^^J» il est fait allusion à Dufay :

Tapissier, Carmen, Cesaris

N'a pas longtemps (sij bien chantèrent

Qu'ilz esbaliirent tont Paris

Et tous ceux qui les fréquentèrent :

Mais onccxues jour ne deschantèrent

En mélodie de tel chois,

Ce m'ont dit qui les escoutèrent

Que (jtuillaume du Fay et Binchois.

(1) Cette courte étude, rédigée en vue du Congrès archéologique de Liège, constitue le chapitre préliminaire d'un travail beau- coup plus étendu, que l'auteur compte consacrer à Dufay, et

8o -

La réputation de Dufay est encore attestée par une lettre d'Antonio Squarcialiipi, le célèbre organiste de la cathédrale de Florence : dans cette lettre, adressée le i^"^ mai 1467 au « Canonicus Gulielmus in Cambray » (Dufay était, à cette époque, chanoine dans cette ville), Squarcialupi parle de la haute considération dans laquelle Pietro et Loreuzo de" Medici et lui-même, tenaient les compositions du maître.

Parmi les textes les plus curieux dans lesquels il est (question de Dufay, citons celui qui a été mis en musique par Loyset Compère et qui e^t oounu sous le nom de Sàngergebet (La prière des chanteurs). C'est un motet en l'honneur de la Vierge iOmniiiin bonornin plena) dans lequel le poète supplie la Mère de Dieu d'obtenir par ses prières le salut des musiciens les i)lus en vue de

l'époque :

Omuium bouorum plena, Peceatorinu mediciua. Cujus i)roi)rium orare Est, atque preces fiindare, Pro miseris peccaiitibus A Deo recedc-ntibus. Fuude preces ad Filiuin Pro salute canentiuin. Kt primo pro G. Diifny, Pro «|iio me. mater, exaudi. Lumen totius musicae Atijue cantoriim lumine. Proque Diittsart. litisnois. Curoii. Magistris cantilenaiiim, Georgei de Brelles, Tincturis, Cimbalis lui honoris.

dans lequel il e.xaininera la vie et Tunivre «lu grand maitre belge, et s'efforcera de dégager les lignes générales de son esthétique.

Les nombreuses notes et références (jue comportera ce premier chapitre, dans sa version définitive, ont été supprimées ici, afin de ne pas enlever à l'extrait publié son caractère de simple communi- cation.

8i

Ac Okegheni. Dcs/irp.s. C.orhct, Ileni.ift, Ftnigiie.s cl Molincl Atque Régis omiiibusiiuo Caiieutibus, siniul et me, Loyset Compère, oruute Pi'o niagistris j)ura meule. (Quorum memor, virf;:o, vale Semiier Gabrielis Ave. Amen.

Ce document ne peut dater d'avant 1470. parce qu'il cite Josquin des Prés, dont il ne saurait être question avant cette date, ni d'après 14^6, pour les raisons que le Codex de Trente n^ 91, qui le contient, était déjà entièrement mis sur pied avant cette année. M. Gaido Adler émet l'hypo- tlièse que La prière des Chanteurs a peut-être été rédigée au lendemain même de la mort de Dnfay (i474) ^^ sous le coup de la perte considérable qu'elle était pour les con- temporains. Quoi qu'il en soit à cet égard, la place d'honneur attribuée par le poète à l'auteur. de la messe Se la face ay pale prouve assez en quelle estime il était tenu.

Enfin, les théoriciens les plus en vue de l'époque parlent de lui avec respect et le considèrent comme un artiste de premier plan. Le belge Tinctoris (i446-i5ii) le place (en 1477) parmi les meilleurs musiciens du siècle, et l'allemand Adam de Fulda (i44o?-i495) insiste, dans son traité, écrit vers 1490» sur les éléments de progrès (]ue Dnl'ay avait introduits dans l'art musical.

A partir du xvi® siècle et déjà même de la fin du xv^, le mémoire de notre musicien tend à se perdi-e. L'éclat universel dont brille l'école néerlandaise avec la venue de Josquin des Prés, relègue peu à peu le vieux maître dans l'ombre.

Guillaume Crétin, dans sa Lamentation sur la mort d'Okeghem (sijrvenue en i495), le cite encore parmi d'autres musiciens. Le théoricien italien Franchinus Gafurius fait allusion à lui dans sa Practica Musicae (1496);

82 -

Giovanui Spataio, l'adversaire de Gafurius, ne le passe pas non plus sous silence dans son Tractato di Miisica (i53i).

Cependant, plus les années s'écoulent, moins on parle de lui; bientôt, à l'ignorance de son rôle et môme de son nom, viennent se joindre dans resi)rit des hommes du xvi^ siècle, des conceptions de plus en plus confuses relati- vement à la suite chronologique des fondateurs de la polj'- phonie néerlandaise. Au xvii^ siècle, on ne rencontre plus à son sujet qu'un seul témoignage. Il faut lire, dans Haberl, les textes que publie cet auteur pour se rendre compte de la portée restreinte (pi'ont la plupart des témoignages postérieurs à i5oo.

Haberl rapporte également tout ce qui a été écrit à propos de Dufay à partir de l'époque l'idée du savoir enc^'clopédique a commencé à s'introduire dans le domaine de la musique (Miisikalisches Lexicon de Walther, 1782). Il insiste sur les erreurs ou les appréciations bizarres dans lesquelles ont versé la plupart des écrivains musicaux de la première moitié du xix*" siècle à propos des polyphonistes du xv'', spécialement de Dufay, et n)ontre enfin comment, gi'âce à l'accumulation progres- sive de matériaux de plus eu plus nombreux, les Cousse- maeker, les Ambros, les Vanderstraeten et les Naumann sont arrivés à remettre en lumière l'importance du niaîti'C belge.

Mais ces historiens n'étaient pas encore à même de montrer quel avait été le rôle historique véritable de J^ufay. Une erieur chronologique très grave, due au fait (|iie l'abbé Baini. dans son ouvrage célèbre sur Paleslrina affirmait que le nom de Dufay apparaissait dans les listes de chanteuis de la chapelle pontificale de i38o à 14^2, avait eu pour conséquence de dater sa mort de i432.

Or, M. Nanderstraeten et M. Iloudoy eurent, l'un en 1880, l'autre eu 1882, l'occasion de voir le tombeau de

83

Diifay, et de constater, par l'inscription qu'il poitait, qne le maître était mort en i474-

Ce fait, inconciliable avec l'affirmation de Baini, attira l'attention de Fr.-X. Haberl, qni alla examiner en détail les archives pontificales et découvrit, qu'en réalité, le nom de Dufay ne s'y rencontrait pas avant 1428. Le résul- tat de ses recherches a été minutieusement consigné dans sa monographie (i885).

Dès lors, l'époque à laquelle Dufay avait réellement vécu (environ 1400 à i474) étant définitivement fixée, il devenait plus facile de définir avec précision son lôle historique. La publication d'un nombre relativement con- sidérable, non seulement de ses œuvres, mais encore de celles de ses contempoi-ains, par Stainer (Dufay and his contemporaries, 1898) et par M. Guido Adler (Denkmiiler der Tonkunst in Oesterreich, 1900 et 1904), acheva de mettre les Mnsikforscher à même de déterminer, d'une manière aussi exacte que possible, la place qu'il occupe dans l'histoire de la musique.

Dans cet ordre d'idées, Sir John Stainer, aidé i)ar ses enfants, accomplit la première étape importante, en con- sacrant à la biographie de Dufaj^ et aux caractères distinc- tifs de son art, des pages aussi clairement écrites que pensées.

11 était réservé au grand historien de la musique, M. Hugo Riemann, de synthétiser les efforts réalisés avant lui, et de décrire, en un tableau animé et suggestif, l'intense mouvement artistique du xV" siècle, dont Guil- laume Dufay occupe le centre. Il l'a fait, avec la hauteur de vues et la compétence que Ton imagine, dans la pre- mière partie du second volume de son Handbuch der Musikgeschichte (1907),

La conclusion définitive qu'imposent les investigations de nos contemporains est en tout conforme à l'appréciation des contemporains de Dufaj^ qui plaçaient le maître en tête des musiciens de son temps.

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Déjà Ambros (1816-1876) et Xaumaun (1827-1888J avaient, dans leurs remarquables traités d'histoire de la musique, pressenti son importance et l'avaient jugé à sa juste valeur, en se basant sur le nombre restreint de documents praticjues dont ils pouvaient disposer à l'époque ils écrivaient.

Sir John Stainer, mieux outillé, du moins sur le terrain de la musique profane, le considère comme le vrai précur- seur du style de madrigal, et estime que, pour ce qui est de r « imitation )) élément technique et esthétique qui va jouer un rôle si considérable à partir d'Okeghem il est fortement en avance sui- les musiciens de son temps. Le titre seul du livre de Stainer : Dnfay et ses contempo- rains, n'implique-t-il pas déjà que l'auteur place notre maître à la tête des artistes appartenant au milieu du xve siècle ?

M. Guido Adler, dans la préface du VIP volume des Denkmâler der Tonkiinst in Oesterreich (p. vi) appelle Dufay « le compositeur le plus représentatif de l'époque». Plus loin, dans sa savante introduction (p. xxxiii), il le qualifie de « chef du mouvement nouveau tout entier « (Haiipt der ganzen neiieren Richtung).

Enfin, M. Riemann ne cesse d'émailler la partie de son Handlnicb der Musikgeschichte il est question de la musique du xv^ siècle, d'une expression qui restera désormais consacrée : « l'époque de Dufay » (Die Dufay Epoche), et qu'il justifie clairement en disant que parmi le grand nombre des compositeurs qui déployaient leur activité vers i45o, la figure qui api)arait avec le relief le plus accentué est «naturellement » celle de Dufay [p. io3).

Chaules VAX DEX BORREX.

LES HABITANTS

DES

CABANES NÉOLITHIQUES DE LA HESBAYE ÉTAIENT-ILS AGRICULTEURS?

Cette intéressante question s'est tout naturellement posée à l'esprLt des archéologues depuis la découverte de meules en pierre dans les fonds de cabanes explorés i^ar MM. Marcel De Puydt, Davin-Rigot et Herman Davin.

Un commencement de réponse fut donné en igoS par M. Georg F. L. Sarauw, conservateur-adjoint au Musée national de Copenhague, qui reconnut l'empreinte de céréales dans deux fragments de poteries grossières extraites à l'endroit dit « agglomération de TEpinette (') ». D'après M. Sarauw, ces empreintes sont celles de la base d'épillet de Triticiim dicocciim (Sclirank.), sorte d'épeautre originaire de l'Orient, qui fut trouvée dans les habitations lacustres. Ce Triticiim n'est plus cultivé en Belgique, mais il l'est encore parfois en Suisse et dans l'Allemagne du Sud ; on l'abandonne de plus en plus à cause de son faible rendement.

(1) Voir Marcel De Puydt, Fonds de Cabanes néolil/iiqnes de la Hesbaye dans Bulletin de la Société d'Antlirojtnlogie de Bruxelles, tome XXV, 1906.

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Lors des fouilles pratiquées à Jeueffe en 1908 ('), M. Mar- cel De Puydt fixa tout particiilièremeut son attention sur la recherche des grains de froment. Il crut, sur le terrain même, en observer quelques-uns carbonisés et si friables qu'ils tombaient en i)oussière nu moindre contact. Divers échantillons d'argile extraits des fonds de cabanes de Jeueffe m'ont été soumis et c'est de leur examen que je désire rendre compte ici.

Certains morceaux d'argile présentent les caractères ordinaires du limon hesbayen ; je n'3^ ai trouvé que de rares fragments de charbon de bois semblables à cenx que j'ai fait connaître eu une autre circonstance {■). Je signa- lerai, en outre, la présence de quelques parcelles blanches d'os calcinés, spongieux et friables. Je n'ai pas rencontré d'écales de noisettes comme celles qui ont été trouvées à Latinne (^i.

D'autres morceaux d'ai-gile sont durcis par l'action du feu; vraisemblablement, ils ont été recueillis dans le voi- sinage du foyer de la cabane. Ces morceaux contiennent de nombreuses traces végétales qui se présentent sous deux aspects bien différents. Certaines parties de l'argile témoignent, par leur coloration rongeâtre, d'une cuisson analogue à celle de nos briques; elles sont criblées de petites cavités vides, empreintes des matières végétales qui étaient incorporées au limon, mais qui ont été com- plètement brûlées. Les autres parties de l'argile sont noires et remplies de débris végétaux carbonisés : elles

(') Ces l'ouilles ont été faites avec le concours de MM. .1 . Hainal- Naudrin et .lean Servais.

{•) M. De PlVDT, Empluccments d'hiilyilutions préhistoriques en Jlesbaye dans linUetin de la Société d'Anlhvopologie de Bru.xelles, tome \ X\'I, i<y)-.

i'-U M. DiC PcvDT, Fonds de cahiines néolitliiimcs de /a Ilesbaye, Ibidem, tome XIV, iR(),")-i ««)(;.

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ont été soumises à une température insuffisante pour pio- duire la combustion du cai'bone.

Qu'il s'agisse d'empi-eintes ou d'objets carbonisés, les débris végétaux, tous de petite taille mais extrêmement abondants dans l'argile cuite, sont constitués par le résidu du battage d'une céréale. Ce résidu se compose uniquement des paillettes qui envelop[)ent le blé et qui portent le nom de balles (').

Dans la demeure du meunier (où l'on a trouvé six paires de meulesj, et aussi dans les cabanes voisines, on devait, semble-t-il, allumer le feu avec les balles comme nous le faisons avec des copeaux. Peut-être aussi l'aire des cabanes était-elle formée d'argile battue après avoii' été pétrie avec des balles pour obtenir plus de solidité. D'ail- leurs, les balles constituaient évidemment un déchet encombrant, abandonné sur le sol, piétiné par les habi- tants. Après l'abandon des villages néolithiques et leur enfouissement sous terre, toutes les matières végétales se sont peu à peu décomposées ; elles ont disparu sans laisser de traces, excepté lorsqu'elles avaient été carbonisées par l'action du feu à ré})oque les villages étaient habités. C'est pour cette raison que nous ne retrouvons que des morceaux de charbon de bois disséminés ça et autour des foyers, et des balles emprisonnées dans l'argile cuite.

On n'a rencontré, eu Hesbaye, dans les fonds de cabanes, ni bois de charpente, ni objets en bois ou en os C^).

(1) Dans la terminologie botanique, les balles sont désignées par les termes glumes et glumelles.

(2) En i8(i5, j'avais pensé que la carbonisation des écales de noi- settes trouvées à Latiune pouvait l'ésnlter d'une lente décomposi- tion accoini)agnée de longs lavages par les eaux pluviales qui auraient entraîné les composés ulmiques solubles. Je me basais sur le fait que les écale.s néolitliiques ne sont jamais amincies comme celles qu'on brûle à l'air libre (liiilletin de la Socirté cV Anthropologie

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Pour bien établir la preuve de ce qui précède, il est nécessaire de rappeler ici quelques-uns des caractères botaniques des froments afin de pouvoir reconnaître les débris de la céréale néolithique retrouvée à Jeneffe.

Les innombrables races de froment connues aujour- d'hui forment deux groupes : dans le ]>remier, qui est de beaucoup le plus considérable, sont rangés tous les blés dont l'axe de l'épi est solide et dont les grains se dé- tachent naturellement, à la maturité, de leurs enveloppes ou balles. Ces deux qualités facilitent grandement le battage, opération qui, de tous temps, a occasionné un travail presque aussi considérable que la mouture. Au point de vue archéologique, il convient de rappeler qu'un froment de ce groupe a été trouvé dans les cités lacustres, celui que Heer a nommé Triticum viilgare antiquorum.

Le second groupe comprend un nombre assez restreint de blés dont l'axe de l'épi est fragile et dont les gi-ains, à la maturité, restent emprisonnés dans leurs enveloppes ou balles : ce sont les blés dits vêtus que l'on confond parfois sous le terme épeautre, bien que ce nom soit en réalité celui d'une espèce seulement de ce groupe. Deux autres espèces datent des époques préhistoriques : ce sont le Triticum dicoccum et le Triticum monococcum qui ont été trouvés dans les cités lacustres (V*. Aujourd'hui, les blés vêtus sont de plus en plus abandonnés à cause de leur moindre qualité et aussi parce qu'une opération spéciale

de li !■ II. \ elles, tome XIVi. A cette époque, je n'avais pas vu le gise- ment. Il était i)robableiuenl i(lenti(jue à celui (les balles de .leuefl'e. f)r, si les écalcs étaient emprisonnées dans de 1 iii'j;ile i)lus ou moins cuite, on ])eui admelt<re quelles ont été carbonisées par le l'eu ù l'ahri de l'uir. .)e me suis assuré, récemment, qu'en opérant la combustion décales modernes dans ces condilions. ou ne c(nisiate l>as d'amincissement du péricarjte. Dès lors, rien ne s'oppose plus à admettre l'action du feu cpie tout semble indiquei- nettement. ('.) A. J)i-; Canu<)M,i:, L'ovii^im- des jihnile.s cultivées, p. u<ji.

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est nécessaire pour dégager le grain des balles qui le retiennent.

L'épi du Triticiim dicocciim qui nous intéresse plus par- ticulièrement, se désarticule eu une vingtaine d'épillets contenant chacun deux graius. Chaque épillet montre, à sa face interue, un fragment de l'axe de l'épi, fragment qui mesure 3 millimètres environ de longueur. Chaque épillet est formé de deux écailles nommées glumes et de plusieurs autres nommées glumelles. Toutes ces écailles, longues de lo à 12 millimètres environ, sont confondues sous le nom vulgaire de balles. Elles présentent certains caractères spéciaux qu'il est inutile de décrire ici. Il suffira de dire que certaines d'entre elles ont une forme de nacelle et montrent des nervures longitudinales assez rapprochées.

Ces particularités ont été retrouvées à Jeneffe, soit à l'état d'empreintes, soit à l'état d'objets carbonisés.

Les empreintes sont extrêmement nombreuses : elles reproduisent fidèlement la forme et les dimensions des glumes et des glumelles; on y distingue souvent les ner- vures longitudinales.

Les parties carbonisées reconnaissables consistent en segments désarticulés de l'épi ; en fragments correspon- dant à la partie épaisse, dorsale et inférieure des glumes isolées ; enfin en pellicules extrêmement friables qui représentent la partie mince des balles. J'ai retrouvé plusieurs fois aussi la base de l'épillet lui-même, base qui est assez résistante : elle se montre sous la forme d'un Y largement ouvert. C'est précisément l'empreinte de la base de deux épillets que M. Sarauw a été le premier à recon- naître à la surface de fragments de poterie, comme il a été dit plus haut ^'h

1' La iiliotograpliie de ces empreintes est reproduite, eu fron- tispice, dans le travail de M. De Puydt cité an bas de la page 85.

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Qiiaut aux grains eux-mêmes, ils sont rarissimes, ce qui se comprend sans peine, les Néolithiques ayant soin évidemment de no pas laisser perdre une denrée aussi précieuse. Toutefois, en brisant avec soin des morceaux d'argile cuite, j'ai pu recueillir quelques grains carbonisés complètement isolés, ou environnés seulement de débris de glumelles. Ces grains sont bien reconnaissables à leur sillon longitudinal ; ils mesurent seulement 6 millimètres de longueur, mais il est possible que leur grandeur ait diminué par le fait de la carbonisation.

Ce qu'on voit bien plus souvent et <|u'oii pourrait prendre pour un grain, c'est l'empreinte de la concavité d'une glumelle. Celle-ci ayant la forme du grain qu'elle recouvrait peut donner lieu à un moulage qui reproduit assez exactement la forme et les dimensions du grain. Les glumes donnent des apparences analogues. Tous ces mou- lages se distinguent des grains véritables par l'impossi- bilité qu'il y a de les isoler complètement, comme il est impossible de séparer entièrement de la roche enviion- nante l'empreinte interne d'une coquille dépareillée de mollusque bivalve.

En brisant au marteau l'argile cuite de Jeneffe, on isole de temps en temps des débris charbonneux plus ou moins complets, mais on en pulvérise d'autres. J'ai cherché aies dégager par un autre procédé L'action de l'eau ne donne aucun résultat, vu la dureté de lagaugue et la fragilité des objets qui y sont inclus. L'acide chlorhydrique suffisam- ment concentré désagrège les morceaux d'argile à froid, mais les débris végétaux sont complètement émiettés. L'acide fluorhydrique qui, théoriquement, devrait dis- soudre les silicates et respecter le carbone, n'a pas donné de résultats satisfaisants, i)robablement à cause de la texture éminemment poreuse et friable des parties char- bonneuses.

Je ne me suis d'ailleurs pas bonié à observer les débris végétaux contenus dans les argiles cuites de Jeneffe; j'ai

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tenté de reproduire artificiellement leurs particularités. Pour cela, j'ai i)étri de l'argile ordinaire après y avoir incorporé une gfunde quantité de balles d'épeautre (Tri- iicuni Spelta). Cliauffée dans la flamme d'un bec de Bunzen, l'argile ainsi préparée noircissait rapidement par suite de la carbonisation des matières végétales. A une température plus élevée, elle prenait la couleur d'une brique peu cuite. La cassure montrait des empreintes, des moulages et des débris carbonisés sem- blables à ceux de Jeneffe, mais de taille plus grande, ce qui prouve que la céréale néolithique appartenait à une espèce à épillels plus petits que ceux de notre épeautre, et par suite à grains plus petits aussi.

Dans les matériaux recueillis dans les fonds de cabanes, je n'ai pas constaté la présence de paille, c'est à dire de chaumes ou tiges de céréales. On peut croire que les chaumes n'étaient pas ai)portés au village et que nos ancêtres se bornaient à cueillir les épis à la main, comme les Asiatiques le t'ont aujourd'hui encore pour le riz. Les tiges desséchées sur place étaient probablement incen- diées, et c'était vraisemblablement une coutume analogue à celle des feux de brousse si généralement en usage chez les })euples primitifs, analogue aussi à celle de l'éco- buage pratiqué de nos jours encore dans les Ardennes.

Quant à la détermination spécifique du froment de Jeneffe, je suis porté à croire qu'il s'agit bien réellement du Triticiim dicocciim. Cependant les éléments d'une détermination tout à fait rigoureuse me semblent encore faire défaut. Je n'ai pu m'assurer si l'épi était serré et barbu (^j, si les gl unies avaient deux dents, etc.

Dans le genre Triliciiin, les espèces diffèrent peu les unes des autres; de plus, elles contiennent de. nombreuses

(ij A plasieur.s reprises, j'ai cru trouver de très petits Iragmeiits de barbes, mais l'observation au microscope m'a détrompé: c'étaient de très fins débris de tilumes ou de Klimielles.

races qui offrent des particularités qui se répètent dans plusieurs séries. Au point de vue archéologique, une détermination spécifique importe assez peu : l'essentiel est de savoir d'une façon certaine que les Néolithiques de l'époque ©malienne en Hesbaye étaient agriculteurs. L'absence de haches et de pointes de flèches à pédoncule ou ailerons tend d'ailleurs à faire admettre qu'ils n'étaient ni guerriers ni chasseurs.

La Hesbaye étant cultivée depuis une si haute anti- quité, un autre problème semble recevoir également une solution. Les botanistes, comme les archéologues, se sont souvent demandé quelle fut la végétation primitive du sol hesbaj^en ? Etait-il couvert autrefois de forêts comme une glande partie de la Belgique? Tout le monde sait qu'au] oui-d'hui il ne présente nulle part de végétation arboi-escente spontanée. De plus, aucune trace de bois ou de lignite n'a été trouvée dans le linu)n lors des grands travaux de terrassement.

Grâce aux belles découvertes de M. De Puydt et de ses collaborateurs, on i)eut croire que le sol de la Hesbaye a été occupé par des populations ngricoles peu de temi:)S après son émersion et qu'ainsi les conditions nécessaires au développement des forets ne se sont jamais réalisées. Evidemment ceci n'a pas empêché quelques bouquets d'arbres d'exister ça et : nous sommes assurés déjà de la présence du chêne et du noisetier, essences auxquelles il faut sans doute ajouter des saules et des aulnes qui vivaient le long des cours d'eau.

Il est donc permis de ])enser que la Hesbaye n'a pas subi, comme les antres régions de notre pays, de pro- fondes modifications depuis l'époque de sa formation géologique, parce que l'hojnme a entravé son évolution naturelle. Asservie dès son origine, elle ne connut jamais la sauvage liberté des anciens continents : elle fut tou- jours ce que nous vovons aujourd'hui, une terre nourri- cière aux allures douces et monotones.

A. GRAVIS.

SOURCES POUR UÉTUDE DE L'ARCHITECTURE CIVILE PRIVÉE

FAÇADES, PLANS, DÉCORATION INTÉRIEURE ET MOBILIER

Les œuvi^es de l'arcliitecture domestique, bien que beau- coup moins grandioses que les monuments proprement dits de l'art religieux ou civil, sont peut-être plus intéres- santes que ceux-ci, parce qu'elles présentent une beaucoup plus grande diversité et ensuite parce qu'elles nous touchent de plus près.

L'art gothique, par exemple, et l'art de la Renaissance ont produit dans les divers pays de l'Europe des monu- ments admirables, sans doute, mais qui offrent partout en même temps, les mêmes caractères ou à peu près, et qui ont entr'eux une très grande ressemblance.

Toute autre est l'architecture domestique, dont les spé- cimens diffèrent considérablement selou les époques, les pa3's et même les localités.

Les maisons privées diffèrent de ville à ville, à raison du milieu social, religieux, politique, économique, com- mercial et artistique; à raison des nombreux facteurs qui influent sur la manière de vivre des habitants de telle ville déterminée ; à raison de la nature, de l'abondance et de la qualité des matériaux de construction employés ; de la

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nature du sol, du climat, de la science des architectes et de l'habileté des constructeurs.

Les influences locales ne se font sentir dans aucune bâtisse autant que dans les habitations privées.

On en coustate l'action dans les différences que pré- senteut, par exemple, les maisons du Tournaisis avec celles du Brabant, les maisons liégeoises avec celles de la Flandre.

Et que serait-ce si, étendant la comparaison, nous met- tions en regard nos maisons déjà si diverses de la Belgique actuelle, avec celles de l'Italie, de l'Allemagne, de la France, dans ses différentes régions, de la Grande- Bretagne et des autres pays !

Et cela s'explique par suite des circonstances que nous énumérions tout à l'heure et eucore par cette consi- dération que chacun veut, tout naturellement, que sa demeure soit faite à sa taille, qu'elle satisfasse ses goûts et ses besoins personnels.

L'étude de l'architecture domestique présente encore un autre avantage sur celle de l'architecture monumen- tale : c'est que les spécimens de ces constructions sont encore foit nombreux, bien que souvent dégradés ou défi- gurés au cours des temps, précisément pour se plier aux goûts changeants de l'habitant et aux caprices de la mode.

Il n'est pas de ville, pas même de village, qui n'ait d'anciennes maisons ; parfois même on les rencontre eu très grand nombre.

Pour ne citei- que Tournai, on y compte plus de 1.200 maisons anciennes plus ou moins bien conservées, dont 5oo présentent un véritable intérêt ou sont susceptibles de l'estauration.

Longtemps ces modestes produits de l'art de bâtir ont été négligés. Seules, quelques maisons très remarquables, de vrais chefs-d'<jeuvre, sont citées dans les manuels d'ar- chéologie ou dans les descriptions de villes.

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Aujourd'hui, ou les étudie partout et presque partout aussi, on commence à les restaurer.

Les cartes postales illustrées, ce mode de vulgarisation puissant, à la portée de toutes les bourses et de toutes les intelligences, leur l'ont une place dans leurs séries, à côté des cathédrales, des monuments de tout genre et des sites pittoresques.

Mais ce mouvement de recherches et de restauration ne doit pas s'arrêter aux façades, qui tout naturellement ont, les premières, arrêté l'attention des archéologues et des esthètes.

Après les façades, on a compris qu'il fallait étudier le plan des maisons, parce qu'il y a une corrélation intime entre le plan et la façade elle-même.

Puis on a voulu connaître le mobilier qui garnissait les diverses salles